Licenciements : Barclays supprime 5 000 postes et cite l'IA, les développeurs sont-ils les prochains ?
Le 1er octobre, Anthropic racontait fièrement que la banque britannique Barclays allait équiper la moitié de ses développeurs de Claude Code d'ici la fin de l'année. Claude Code, c'est l'assistant qui écrit du code à ta place pendant que tu lui expliques ce que tu veux, celui que j'ai ouvert sur mon écran du matin au soir. Trois semaines plus tard, le 22 octobre, la même banque annonce 5 000 suppressions de postes. Et dans le lot, sa directrice financière cite nommément « moins de développeurs, parce que l'IA rend nos équipes plus productives ».
Trois semaines entre « on vous offre un super outil » et « on a moins besoin de vous ». J'ai relu les dates deux fois. Elles sont bonnes.
Le carton est arrivé avant la fin de l'année
Une personne sur vingt
Les chiffres, d'abord, tels que Barclays les a donnés avec ses résultats du troisième trimestre. Environ 5 000 postes à temps plein disparaissent cette année, sur quelque 93 000 employés dans le monde. Ça fait 5 %, une personne sur vingt. Un millier sont déjà partis au premier semestre, les 4 000 autres doivent suivre d'ici décembre, sous réserve de la concertation avec les représentants du personnel. Et six sur dix viennent des « fonctions support », c'est-à-dire tout ce qui fait tourner la banque sans parler au client : l'informatique, les ressources humaines, la conformité. Les développeurs sont dedans.
Combien exactement ? Mystère. La banque n'a donné aucun chiffre pour les développeurs seuls. On sait juste qu'ils sont cités, en toutes lettres, sur la diapositive des résultats.
5 %, sur le papier ça paraît peu, dans un bureau de vingt c'est ton voisin
« La cerise, pas le gâteau »
Là où ça devient intéressant, c'est que le patron de la banque, C.S. Venkatakrishnan, a passé sa conférence à dégonfler le rôle de l'IA. Pour lui, l'IA, c'est « la cerise sur le gâteau, pas le gâteau ». Le gâteau, ce sont des années à moderniser les vieux systèmes informatiques de la banque et à simplifier son organisation. Sans ça, dit-il, l'IA ne sert à rien.
Et franchement, sur ce point je le crois. Une banque qui tourne encore sur des programmes écrits il y a trente ans ne gagne rien à brancher Claude dessus. Il faut d'abord remettre la plomberie à neuf. Un professeur de l'université de Warwick, Carsten Maple, dit la même chose : mettre les 5 000 postes sur le dos de l'IA serait faux, la banque mène un vaste plan d'économies et de modernisation. Mais il ajoute un truc qui, moi, me pique davantage : jusqu'ici on pensait que l'IA remplacerait surtout les tâches répétitives et les postes de débutants, et on voit maintenant que des métiers spécialisés comme le développement y passent aussi. Barclays vise d'ailleurs plus de 2 milliards de livres d'économies entre 2026 et 2028.
Le syndicat Unite, lui, voit les choses autrement : pour lui l'IA sert d'excuse, et la banque fait du court terme en traitant ses salariés comme des pièces jetables. Petit détail qui n'aide pas à les contredire : le même jour, Barclays annonce un bénéfice trimestriel en hausse de 12 %, à 2,3 milliards de livres, et 500 millions de livres pour racheter ses propres actions, une façon de rendre de l'argent aux actionnaires.
Selon le patron de Barclays, l'IA n'est que la cerise : le gâteau, ce sont des années de modernisation informatique
Ce que la banque met de l'autre côté de la balance
Parce qu'il y a aussi une partie de l'annonce que personne ne reprend dans les titres. Barclays promet environ 150 millions de livres d'ici 2030 pour former ses employés à de nouveaux métiers, et dit vouloir pourvoir ses postes vacants en interne avant de recruter dehors. Une personne dont le poste saute pourra donc postuler ailleurs dans la maison.
Et surtout, la banque garde 2 800 places en 2027 pour les débutants : jeunes diplômés, apprentis, stagiaires. Ça, c'est une vraie bonne nouvelle. Je racontais il y a quatre jours qu'Anthropic n'embauche presque plus de développeurs juniors, et c'est exactement le piège : si plus personne ne forme de débutants, il n'y aura plus de seniors dans dix ans. Barclays, au moins, ne coupe pas la base de la pyramide.
Et le lendemain, American Express
Vendredi 23 octobre, c'est American Express qui s'y met : 5 % de ses effectifs dans le monde, soit autour de 3 500 à 3 800 personnes selon le chiffre de départ qu'on prend. Son directeur financier, Christophe Le Caillec, le dit sans détour à CNBC : il s'agit de rendre l'entreprise plus légère et de « se préparer à l'IA », en supprimant des niveaux de hiérarchie pour pouvoir automatiser dans les trimestres qui viennent. Et, comme chez Barclays, c'est annoncé avec des résultats en hausse.
Son patron, Stephen Squeri, a quand même eu une phrase rassurante pour ses clients : pas question de laisser des assistants IA « se promener en roue libre » dans les systèmes de la banque, seuls les agents approuvés passeront. Ouf, ta carte ne sera pas pilotée par un robot fou. Juste par un peu moins d'humains.
Deux grandes maisons de la finance, deux jours de suite, le même 5 %. On commence à voir le motif.
Bon, et si tu es développeur ?
Je code depuis plus de vingt-cinq ans, et je vais être honnête : ce qui me frappe dans la phrase de Barclays, ce n'est pas « moins de développeurs ». C'est « plus productifs ». Quand Claude Code écrit en vingt minutes ce qui me prenait une journée, une entreprise peut faire deux choses : sortir deux fois plus de projets avec la même équipe, ou sortir les mêmes projets avec une équipe deux fois plus petite. Barclays a choisi la deuxième option. Ce n'est pas l'outil qui a choisi.
Alors mon conseil, et je me l'applique : le développeur qui se contente de taper le code qu'on lui dicte, celui-là est en danger. Celui qui sait ce que le client veut vraiment, qui relit ce que l'agent produit et qui repère l'erreur avant qu'elle parte en production, il devient au contraire plus précieux. J'en parlais le mois dernier : l'IA est loin d'être la seule raison des licenciements dans la tech, mais elle est devenue l'explication la plus pratique à donner aux actionnaires.
Et si tu n'es pas développeur ? Alors regarde ta banque. Chez Barclays, quand un client appelle pour une carte bloquée ou un virement qui coince, le conseiller au bout du fil lit déjà les réponses que lui souffle un assistant construit sur Claude : plus de 16 000 employés s'en servent, et ils s'occupent de plus de 20 millions de clients au Royaume-Uni, selon Anthropic. Demain, la question sera de savoir s'il reste quelqu'un au bout du fil, ou seulement l'assistant. American Express dit d'ailleurs vouloir « automatiser dans les trimestres qui viennent ». Concrètement, prépare-toi à taper plus souvent dans une fenêtre de discussion et à attendre un peu plus longtemps le jour où tu voudras parler à quelqu'un qui connaît ton dossier.
Messieurs les banquiers, une petite question quand même : le jour où Claude Code fera aussi le travail de vos directeurs financiers, vous l'annoncerez avec la même diapositive ?
Sources
- Banking Dive : Barclays supprime 5 000 postes cette année, la citation d'Anna Cross sur les développeurs
- CNBC, 22 octobre 2026 : Barclays va supprimer 5 000 emplois dans un plan d'efficacité lié à l'IA
- Newsweek : 150 millions de livres de formation, l'avis de Carsten Maple et la réaction d'Unite
- Briefs, 23 octobre 2026 : le mémo interne, les 2 800 places pour débutants et la priorité aux candidats internes
- Quartz : les 5 000 postes rapportés aux quelque 93 000 employés de la banque
- Anthropic, 1er octobre 2026 : Barclays étend Claude et Claude Code à ses équipes
- CNBC, 23 octobre 2026 : American Express supprime 5 % de ses effectifs pour « se préparer à l'IA »
Article écrit avec l'aide de Claude Code, relu et corrigé par moi.



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