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Bitcoin : comment piéger un voleur équipé d'un ordinateur quantique ?


Tu connais le chariot de supermarché à pièce : tu glisses ton euro, tu prends le chariot, et tu récupères ta pièce en le ramenant. Maintenant imagine un voleur qui devrait mettre SA pièce pour partir avec ton chariot plein d'or, et toi qui pourrais la garder si tu le rattrapes dans le mois. C'est en gros l'idée que Cory Fields, un des développeurs de Bitcoin Core (le logiciel qui fait tourner l'essentiel du réseau bitcoin), a lancée mercredi 4 novembre pour piéger les futurs voleurs équipés d'un ordinateur quantique. Il appelle ça des « mines quantiques ». Et franchement, c'est la première idée sur ce sujet qui m'a fait rire et réfléchir en même temps.

Sur un parking de supermarché la nuit, un cambrioleur en cagoule et gants noirs glisse sa propre pièce d'or dans le verrou à pièce d'un chariot rempli à ras bord de pièces d'or

Pour partir avec le chariot, il faut d'abord y mettre sa propre pièce

Pourquoi un ordinateur quantique menace tes bitcoins ?

Je l'expliquais il y a trois semaines : le jour où un ordinateur quantique saura retrouver une clé privée à partir de la clé publique, tous les bitcoins dont la clé publique traîne déjà sur la blockchain (le grand registre public de toutes les transactions) pourront être vidés. Ça représente à peu près un bitcoin sur trois, d'après le décompte publié en avril par le conseil de Coinbase sur le quantique.

Ce jour-là, les spécialistes l'appellent le « Q-day ». Personne ne sait quand il arrivera, aucune machine actuelle n'en est capable, mais tout le monde s'y prépare. Et jusqu'ici, la communauté hésitait entre deux options aussi désagréables l'une que l'autre : geler les vieux bitcoins exposés, au risque de bloquer l'argent de gens bien vivants, ou ne rien faire et laisser le premier venu avec une machine quantique se servir comme à un buffet à volonté.

Le piège, comment ça marche ?

Cory Fields, qui travaille aussi à l'initiative sur la monnaie numérique du MIT, a posté son idée sur la liste de discussion des développeurs de Bitcoin, là où se débattent tous les changements du réseau. Le principe tient en trois temps.

Un, avant le Q-day, toi, le propriétaire, tu prépares en douce une petite preuve que tu connais ta clé depuis longtemps, et tu la caches dans un mini coffre au format résistant au quantique. Personne ne peut voir ce qu'il y a dedans, ni savoir à quels bitcoins elle correspond.

Dans la salle des coffres d'une banque, une main glisse une petite enveloppe blanche cachetée dans un minuscule coffre individuel, à côté d'un grand coffre en bois ouvert rempli de pièces d'or

La preuve est préparée à l'avance et cachée, à côté des bitcoins qu'elle protège

Deux, le jour où quelqu'un veut déplacer un vieux bitcoin exposé, le réseau l'oblige à déposer une caution de même valeur, prise dans un portefeuille résistant au quantique. Dans l'exemple de Fields, pour prendre 1 bitcoin, il faut en mettre 1 autre sur la table. Et les deux restent bloqués pendant un certain temps, il donne 30 jours comme exemple.

Trois, si c'est un voleur, le vrai propriétaire a ces 30 jours pour sortir sa preuve cachée. Il récupère alors ses bitcoins ET la caution du voleur. Le voleur repart avec rien, et il a perdu sa mise !

Et le génie du truc, c'est que le voleur ne sait pas quels comptes sont piégés. Chaque vol devient un pari où il risque son propre argent. Pas besoin de geler quoi que ce soit chez les honnêtes gens : on rend juste le cambriolage très, très risqué.

Et les bitcoins de Satoshi ?

Là, ça coince, et Fields le dit lui-même. Le piège ne marche que si le propriétaire a encore sa clé pour préparer sa preuve. Les bitcoins perdus, les portefeuilles de gens décédés, et surtout le magot de Satoshi Nakamoto, l'inventeur du bitcoin, plus d'un million de pièces qu'on lui attribue et qui n'ont jamais bougé, personne ne peut les protéger comme ça. Et un voleur malin visera justement ceux-là, puisqu'il sait qu'aucune mine ne l'y attend.

Pour ces pièces orphelines, Fields propose des enchères. Dans la première version, des détenteurs bloquent à l'avance des bitcoins pour enchérir sur les pièces vulnérables, et quand quelqu'un tente de les déplacer, une enchère s'ouvre. Dans la deuxième, plus vicieuse, chaque tentative de déplacer une pièce exposée déclenche une enchère où le deuxième meilleur enchérisseur paie aussi, sans rien gagner.

Ce mécanisme-là a un nom, l'enchère du dollar, et c'est un grand classique des cours d'économie : on met aux enchères un simple billet d'un dollar, mais le deuxième paie aussi sa mise. Résultat, personne ne veut lâcher, et les gens finissent par payer bien plus d'un dollar pour un dollar. L'idée lui a été soufflée par Neha Narula, qui dirige l'initiative du MIT. Appliqué au bitcoin, ça pourrait pousser un voleur quantique à engager plus de bitcoins que ce qu'il essaie de voler. Joli, non ?

Dans une salle des ventes, un simple billet d'un dollar est posé sur un socle sous un projecteur, pendant que des enchérisseurs lèvent frénétiquement leurs pancartes numérotées et qu'un homme s'éponge le front

L'enchère du dollar : le deuxième paie aussi, alors personne ne veut lâcher

Le hic : le vrai propriétaire paie aussi la caution

Bon, n'allons pas trop vite. Le réseau ne sait pas faire la différence entre un voleur et toi. Si tu veux un jour déplacer tes vieux bitcoins exposés, tu devras toi aussi poser la caution, avec des bitcoins que tu as déjà mis à l'abri. Avec le un pour un de son exemple, si tu as dix bitcoins sur une vieille adresse, il t'en faudra dix autres pour les sortir. Pour beaucoup de gens, ça ressemble furieusement à une taxe sur leur propre argent.

Au comptoir d'une agence de location, un vieil homme en gilet tient les clés de sa propre voiture et se gratte la tête pendant que l'employée montre un panneau Caution obligatoire

Le réseau ne distingue pas le voleur du propriétaire : les deux doivent poser la caution

Et surtout, rien de tout ça n'existe. Pas une ligne de code, pas de proposition officielle numérotée. Fields l'écrit noir sur blanc : « Le but de ce message est juste de présenter ces idées comme des expériences de pensée. » Il reconnaît qu'il ne sait pas quel serait le meilleur réglage, et il retourne même la question à la communauté : est-ce qu'on veut empêcher toute tentative de vol, accepter qu'un voleur gagne parfois, ou redistribuer les pièces orphelines au hasard, comme une loterie ? Pour mettre tout ça en place, il faudrait d'abord que le bitcoin adopte des portefeuilles résistants au quantique, puis que tout le réseau accepte de changer ses règles. Ça se compte en années.

Et toi, tu dois faire quelque chose ?

Aujourd'hui, non. Si tes bitcoins dorment chez une plateforme comme Coinbase ou Binance, c'est à elle de déménager ses coffres le jour venu. Si tu les gardes toi-même, le réflexe utile reste celui dont je parlais il y a trois semaines : ne pas réutiliser une adresse qui a déjà servi à envoyer de l'argent, parce que c'est elle qui laisse traîner ta clé publique.

Pour moi, c'est la meilleure idée qu'on ait vue sur le sujet : elle fait payer le voleur au lieu de punir le propriétaire distrait, avec ce que le bitcoin sait faire de mieux, des règles d'argent qui s'appliquent toutes seules sans juge ni banque au milieu.

Et pour les futurs cambrioleurs quantiques qui liraient ces lignes : prévoyez la caution. Et vérifiez bien qu'il n'y a pas d'enveloppe cachée à côté du coffre !

Sources

Article écrit avec l'aide de Claude Code, relu et corrigé par moi.

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