Un micro espion chez OpenAI, préparé avec ChatGPT : comment l'ingénieur s'est-il fait prendre ?
Alors là, mes amis, c'est un scénario de film d'espionnage, version petit budget. Un ingénieur d'OpenAI, la boîte qui fait ChatGPT, est accusé d'avoir caché un micro dans la salle de réunion de la direction. Et pour préparer son coup, il aurait demandé de l'aide à… ChatGPT. Sur le compte de sa femme. Pour un outil qui garde toutes les conversations, on a vu plus discret !
Le micro a été trouvé le 30 septembre, derrière la télévision d'une salle de réunion des bureaux de San Francisco, branché sur le port USB de l'écran et emballé dans du papier toilette. L'ingénieur, 35 ans, embauché en juillet 2025, a été arrêté le 9 octobre et présenté à un juge fédéral le 13, d'après le communiqué de la justice américaine. Il est poursuivi pour avoir intercepté des conversations, ce qui peut coûter jusqu'à cinq ans de prison. Pour l'instant, ce sont des accusations : il est présumé innocent, et sa femme n'est pas poursuivie.
Le micro espion, avec son emballage de luxe
Le « dispositif sophistiqué » coûte 14 dollars
OpenAI a parlé d'un « dispositif d'écoute sophistiqué ». Sophistiqué, vraiment ? D'après Fortune, qui a lu la plainte, c'est une Seeed XIAO ESP32-S3 Sense, une carte électronique grande comme un ongle de pouce, avec un micro, une petite caméra et un lecteur de carte mémoire. Le genre de bidule que les bricoleurs utilisent pour fabriquer une sonnette connectée ou une mini-caméra pour surveiller les oiseaux. Gizmodo a vérifié le prix : 13,99 dollars sur la boutique du fabricant.
Plus petit qu'une pièce d'un euro
Ce qui est sophistiqué, c'est plutôt ce qu'il en a fait. Le petit programme à l'intérieur a été compilé le 28 septembre, le jour où le micro a été posé, et le contenu de la carte mémoire était chiffré, c'est-à-dire brouillé avec une clé secrète. Les enquêteurs n'ont rien pu en tirer. On ne sait donc même pas si le micro a enregistré quoi que ce soit en deux jours de service.
ChatGPT comme liste de courses
C'est le passage de la plainte qui m'a fait tiquer. Entre le 24 et le 30 septembre, quelqu'un a posé à ChatGPT, depuis le compte de sa femme, une série de questions qui se lisent comme une liste de tâches : « un enregistreur audio continu », « l'écoute en direct », « télécharger et effacer les enregistrements », une alimentation par USB « sans données », « une deuxième unité avec un enregistrement déclenché par la voix », « une troisième unité », et même comment chiffrer la carte mémoire. La plainte ne nomme pas le chatbot, mais OpenAI a confirmé à Fortune que c'était le sien.
La liste de courses, d'après la plainte. Il ne manque que le papier toilette
Et six semaines plus tôt, il aurait demandé à un assistant IA interne d'OpenAI quelles salles pouvaient accueillir au moins six personnes, et où la direction recevait ses partenaires extérieurs. Il a choisi une salle que seuls les dirigeants et leurs assistants peuvent réserver. Bref, il a fait son repérage en posant des questions à un robot. Moi qui pensais que l'IA allait surtout servir à écrire des mails polis !
Alors pourquoi ChatGPT a-t-il répondu ? Parce que chaque question, prise toute seule, est banale. Un enregistreur qui se déclenche à la voix, c'est un dictaphone. Une alimentation USB, c'est un câble. Chiffrer une carte mémoire, c'est une bonne pratique. Personne n'a écrit « aide-moi à espionner mon patron », et une IA qui refuserait tout ce qui pourrait servir à mal faire ne pourrait plus aider à fabriquer un babyphone.
Comment il s'est fait prendre
La bonne nouvelle, c'est que la sécurité a très bien marché, et vite. Le micro a été trouvé deux jours après avoir été posé, lors d'une simple vérification de routine de la salle. OpenAI dit avoir utilisé ses propres modèles d'IA « pour identifier la personne responsable et retracer l'origine » de l'appareil. Puis l'entreprise a posé une caméra dans la salle, et elle a attendu.
Le 5 octobre, à 13 h 20 et 47 secondes, la caméra filme l'ingénieur qui vient jeter un œil derrière la télé. Le même jour, la sécurité trouve un sac oublié dans la salle des imprimantes, avec son portefeuille, sa carte d'identité… et une deuxième carte électronique identique. Le lendemain, il récupère le sac aux objets trouvés et signale un « vol ». Raté.
Reconstitution : le moment où on vérifie si son micro est toujours là, et où quelqu'un d'autre vérifie aussi
Côté ChatGPT, le compte de sa femme ne l'a pas caché bien longtemps. D'après Fortune, les enquêteurs ont relié ces conversations à son propre compte grâce à des identifiants techniques et à l'adresse IP, le numéro qui identifie une connexion à Internet. Il a été arrêté le 9 octobre, trois jours avant un vol aller simple réservé pour le 12. OpenAI affirme n'avoir aucun signe qu'il ait emporté du code, des données de clients ou les « poids » des modèles, c'est-à-dire le cerveau de ChatGPT lui-même. Il a été licencié.
Ce que ça dit de tes propres conversations
Je ne vais pas te dire de te méfier de ChatGPT, je l'utilise moi-même. Mais cette histoire rappelle un truc qu'on oublie : une conversation avec un chatbot n'est pas une pensée dans ta tête. C'est un texte stocké sur les serveurs d'une entreprise, relié à un compte, à une adresse IP, à un appareil. Et ce qui est stocké peut se retrouver dans le dossier d'un juge. Changer de compte, ici celui de sa femme, n'a rien caché du tout.
Combien de temps ces conversations sont gardées, c'est d'ailleurs une vraie question chez tous les fournisseurs, et chez Anthropic, elle a déjà fait des vagues le mois dernier. Donc la règle de bon sens, c'est de ne jamais écrire dans un chatbot ce que tu n'écrirais pas dans un mail à ton employeur. Ça vaut pour les plans d'espionnage, mais aussi pour les mots de passe, les données de santé et les petits secrets de famille.
Et pour les entreprises, la leçon est inverse : une simple ronde dans les salles de réunion a suffi. Pas besoin de scanner à ondes radio, juste quelqu'un qui regarde derrière la télé. La vérification la plus bête du monde, et elle a marché.
Le James Bond du papier toilette
Franchement, il y a quelque chose de comique là-dedans : un ingénieur d'une des entreprises d'IA les plus surveillées de la planète, qui prépare son coup avec l'IA de son propre employeur, cache son micro dans du papier toilette et oublie la pièce de rechange dans un sac avec sa carte d'identité. James Bond peut dormir tranquille.
Mais ce qui m'inquiète un peu plus, c'est le prix. Un micro à 14 dollars, une IA qui répond à tout et quelques jours de préparation, et n'importe qui peut écouter une salle de réunion. Chez OpenAI, quelqu'un regarde derrière la télé. Dans la petite PME du coin, qui le fait ?
Sources
- Ministère américain de la Justice, district nord de Californie, 13 octobre 2026 : arrestation et plainte
- Fortune, 14 octobre 2026 : les questions posées à ChatGPT, la carte Seeed et la chronologie
- NBC News, 13 octobre 2026 : la déclaration d'OpenAI
- Gizmodo : le micro « sophistiqué » vendu 13,99 dollars
Article écrit avec l'aide de Claude Code, relu et corrigé par moi.




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