Crypto : l'Europe veut pouvoir fermer les sites d'arnaque et geler l'argent volé
Alors là, je n'ai pas pu m'empêcher de rire. Parmi les 25 plateformes d'arnaque que la FSMA, le gendarme belge des marchés financiers, a ajoutées à sa liste noire le 30 juin, il y en a une qui s'appelle « X Trade Grok 8.1 Flex ». Une autre « SwayHorizonAI ». Les escrocs ont compris que deux lettres magiques, IA, font ouvrir le portefeuille plus vite que n'importe quel argument. Et pendant que la FSMA ajoute des noms à sa liste, rien n'oblige ces sites à disparaître pour autant.
C'est exactement ce que l'Europe veut changer. Le 30 septembre, l'ESMA, l'autorité européenne qui surveille les marchés financiers, a publié sa liste de souhaits pour la révision de MiCA. Et dedans, il y a de quoi faire passer un sale quart d'heure aux arnaqueurs.
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MiCA, c'est quoi déjà ?
MiCA, c'est la loi européenne sur les cryptomonnaies. Elle s'applique à tout le monde depuis le 30 décembre 2024, et depuis le 1er juillet 2026, la période de grâce est finie : une plateforme qui veut vendre ou échanger des cryptos à des Européens doit avoir un agrément MiCA, point. Sans agrément, elle est dans l'illégalité.
Le texte prévoit de faire son propre bilan, et la Commission européenne a demandé aux uns et aux autres ce qu'il fallait améliorer. L'ESMA vient de rendre sa copie, seize pages. Ce n'est pas une loi, c'est une liste de propositions. Mais quand c'est le gendarme lui-même qui dit « il me manque du pouvoir » (Les Avengers ?), ça mérite qu'on s'y attarde si tu as des cryptos.
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Fermer les sites d'arnaque
L'ESMA le constate noir sur blanc : les faux sites sont souvent enregistrés, hébergés et promus hors d'Europe, là où les victimes ne sont pas. Elle propose donc de donner aux gendarmes nationaux, la FSMA chez nous, un pouvoir clair : ordonner le retrait d'un site d'arnaque ou d'une plateforme non autorisée. Pas juste l'inscrire sur une liste que personne ne consulte avant d'avoir perdu ses économies. Oui, bof : ils changeront de nom ou d'adresse IP (le numéro qui identifie un serveur sur Internet), et gare au blocage d'une adresse IP derrière laquelle plusieurs sites sont hébergés.
Geler l'argent tout de suite
Celle-là, ça fait peur. Aujourd'hui, quand des enquêteurs repèrent des cryptos liées à une fraude ou à du blanchiment, la procédure pour les bloquer prend du temps. Beaucoup trop. L'ESMA l'écrit sans détour, je traduis : « à cause de la longueur des procédures actuelles, quand on demande le gel de cryptos suspectes, il est souvent trop tard et elles ont disparu ». L'ESMA voudrait donc pouvoir ordonner elle-même à une plateforme de bloquer immédiatement ces fonds, le temps que la police et la justice fassent leur travail. Quiconque a déjà vu un butin passer de portefeuille en portefeuille en quelques minutes comprend l'intérêt. Par contre, si tu as tes cryptos sur Binance, qui n'est toujours pas agréée mais qui a ta confiance depuis des années (merci MiCA, l'un des meilleurs exchanges attend toujours son feu vert), et qu'on gèle tes cryptos parce qu'eux l'ont décidé, ça fait mal.
Des règles pour les influenceurs
Tu sais, le gars qui filme sa vidéo devant une voiture de sport louée pour l'après-midi et qui te jure qu'un jeton va faire fois cent ? Aujourd'hui, MiCA ne s'applique tout simplement pas à lui. Et tant qu'il se contente de « recommandations » ou de « prédictions », sans mentir sur un fait précis, le gendarme n'a aucun levier. L'ESMA propose d'imposer des obligations à ces influenceurs et à tous ceux qui font de la publicité pour le compte d'une plateforme, et même d'interdire certaines techniques de marketing qui ont déjà fait trop de dégâts.
La voiture est louée jusqu'à 18 heures, tes économies, elles, ne reviendront pas
Les plateformes qui démarchent depuis l'étranger
Autre demande, plus discrète : donner aux gendarmes des moyens d'agir contre les plateformes installées hors d'Europe qui démarchent quand même des Européens sans agrément. Binance est dans le collimateur, mais pour certains exchanges d'arnaque, leur excuse favorite aujourd'hui : « ce n'est pas nous qui sommes allés le chercher, c'est le client qui est venu tout seul ». L'ESMA veut que cette excuse soit lue de la façon la plus étroite possible. J'en parlais déjà il y a un peu plus de deux semaines avec Binance, et c'est exactement le genre de situation visée.
Le piège du « zéro commission »
Le dernier outil de la liste concerne même les gens qui n'ont jamais croisé un escroc de leur vie : afficher tous les frais. Tu es déjà passé devant un bureau de change à l'aéroport ? Grosse pancarte : « 0 % de commission ». Génial. Sauf que le cours affiché pour t'acheter tes euros et celui pour te les revendre ne sont pas du tout les mêmes. La différence entre les deux, c'est l'« écart », et c'est là que le bureau se paie. Pas de commission, mais tu repars quand même avec moins.
Zéro commission, quatre euros de moins : la magie des deux colonnes
Certaines plateformes crypto font exactement la même chose, et c'est l'ESMA qui le dit : des plateformes affichent « zéro commission » et des écarts « serrés », alors que l'écart réellement appliqué est large, au point de rattraper la commission qu'elles ne prennent pas, et même de la dépasser. L'ESMA propose donc d'obliger les plateformes à donner le coût complet de chaque opération, pour que tu puisses enfin comparer deux plateformes sans te faire avoir par une pancarte.
Et ça, tu peux déjà le vérifier toi-même aujourd'hui, sans attendre une nouvelle loi. Sur n'importe quelle appli, regarde au même moment le prix auquel elle te vend un jeton et celui auquel elle te le rachète. L'écart entre les deux, c'est ce que tu paies, même quand il est écrit « gratuit » en gros. Si l'appli ne te montre qu'un seul prix, demande-toi pourquoi.
Bon, ça change quoi pour toi, et quand ?
Aujourd'hui, rien. Soyons clairs : ce sont des propositions. La Commission doit d'abord faire son bilan, puis écrire un texte, que le Parlement européen et les États devront ensuite négocier. Pour te donner une idée, MiCA lui-même a été proposé en septembre 2020 et ne s'est appliqué à tout le monde qu'à la toute fin de 2024. Plus de quatre ans. Mon avis : ces nouveaux pouvoirs ne seront pas sur le terrain avant 2028, et je serais même content de me tromper.
En attendant, les outils qui existent déjà sont gratuits et prennent deux minutes. Avant de confier un euro à une plateforme, cherche son nom sur la page des mises en garde de la FSMA, et vérifie qu'elle figure dans le registre européen des plateformes agréées MiCA, publié par l'ESMA. Et si une pub te promet des gains rapides avec un nom qui sonne comme une IA dernier cri, tu sais maintenant que « X Trade Grok 8.1 Flex » n'est pas la dernière version de Grok, l'IA de X !
Et si tu t'es déjà fait avoir, la FSMA donne un conseil que je trouve essentiel : méfie-toi de celui qui te contacte ensuite pour « récupérer ton argent » contre des frais. C'est une deuxième arnaque, souvent montée par les mêmes.
Franchement, je trouve que c'est une bonne nouvelle, même si je trouve une certaine injustice concernant Binance. Pendant des années, on a laissé les escrocs courir plus vite que les gendarmes. Si un jour le site d'arnaque disparaît avant que ta tante ait eu le temps de cliquer sur la pub, ce sera la plus belle réussite de MiCA. Et ça, je le signe des deux mains.
Sources
- ESMA, 30 septembre 2026 : l'ESMA demande des changements pour rendre MiCA plus clair et plus sûr
- ESMA : la réponse complète à la consultation de la Commission sur la révision de MiCA (PDF, en anglais)
- FSMA, 30 juin 2026 : 25 nouvelles plateformes frauduleuses ajoutées à la liste
- The Cryptonomist, 30 septembre 2026 : l'ESMA réclame des pouvoirs d'enforcement renforcés
Article écrit avec l'aide de Claude Code, relu et corrigé par moi.




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