L'IA écrit la moitié de leur code, la relecture leur prend un temps fou

Deux enquêtes sont sorties à quelques semaines d'écart, elles ne se sont pas donné le mot, et elles racontent la même chose. La première est le baromètre trimestriel de BairesDev, 705 développeurs dans plus de 60 pays interrogés en août, plus, pour la première fois, 41 directeurs techniques. La seconde est la grande enquête annuelle de JetBrains, dixième édition, plus de 15 000 développeurs professionnels, collectée entre mai et juillet.

Le chiffre qui résume tout : 42 % des développeurs interrogés disent qu'aujourd'hui l'IA écrit la moitié ou plus de leur code. Ils étaient 12 % un an plus tôt, à la même question. Multiplié par trois et demi en douze mois.

Une précaution avant d'aller plus loin, parce qu'elle vaut pour toutes les enquêtes de ce genre : BairesDev vend du développement en sous-traitance, elle a donc un intérêt évident à ce que l'IA soit une bonne nouvelle. JetBrains vend des outils aux développeurs, même remarque. Ça ne rend pas leurs chiffres faux, ça se lit juste avec la source en tête.

Ce qui a changé, c'est l'outil dans lequel on travaille

Le plus intéressant dans l'enquête JetBrains n'est pas le total, c'est le classement. Là où BairesDev demande combien de code vient de la machine, JetBrains demande avec quoi les gens travaillent, et sur 15 000 personnes, la photo a bougé en huit mois.

D'abord le décor : neuf développeurs professionnels sur dix utilisent un agent de code au travail au moins une fois par semaine, et presque sept sur dix s'en servent tous les jours. Ensuite le duel. Claude Code est passé de 18 % à 39 % d'usage entre janvier et l'été, et il est l'outil principal de 31 % des développeurs. Codex a été multiplié par cinq, de 3 % à 16 %. Et pendant ce temps, GitHub Copilot a reculé de 29 % à 21 %, Cursor de 18 % à 12 %. Le reste se partage les miettes, l'Antigravity de Google stagne à 6 %, l'OpenCode à 7 %.

Deux qui montent, deux qui descendent. Huit mois entre les deux mesures.

Deux qui montent, deux qui descendent. Huit mois entre les deux mesures

Lis ça à l'envers et c'est encore plus net : l'assistant qui te complète la ligne pendant que tu tapes a pris du retard sur celui à qui tu donnes une mission. Le premier habite dans ton éditeur, le second vit dans un terminal et va ouvrir des fichiers tout seul. Le marché a voté, et il a voté pour l'agent.

La facture arrive du côté de la relecture

Puisque la machine écrit plus, le développeur devrait travailler moins. Sur le papier, oui : treize heures gagnées par semaine en moyenne, contre sept un an plus tôt. Sauf que les mêmes 705 personnes déclarent l'inverse pour une partie de leur temps.

Elles sont 67 % à passer plus de temps à relire qu'il y a un an. La moitié consacrent plus d'un quart de leur semaine à relire ce que la machine a produit. 59 % disent qu'il faut plus d'effort mental pour attraper les bugs discrets, et 52 % passent plus de temps à réparer des problèmes que l'IA a introduits. Voilà la vraie histoire de cette année : on n'a pas supprimé le travail, on l'a déplacé du clavier vers l'écran.

Et quand un bug sort, la question de savoir qui a écrit ça n'a plus de réponse simple, j'en parlais justement il y a quelques semaines à propos d'une erreur que même les chercheurs qui l'ont trouvée avaient attribuée au mauvais auteur.

Le prompt a pris huit secondes a ecrire. La relecture, la soiree entiere.

Le prompt a pris huit secondes à écrire. La relecture, la soirée entière

Il y a un chiffre dans le lot qui devrait intéresser tous ceux qui dirigent une équipe : 58 % se sentent plus responsables d'un code qu'ils n'ont pas écrit entièrement, contre 51 % en début d'année. Personne n'a signé pour ça, et c'est bien là que le bât blesse. 41 % disent que presque aucun code d'IA n'arrive en production sans une relecture humaine précise. 32 % délèguent la décision de livrer à l'IA avec un humain dans la boucle, et 7 % sans aucun humain du tout. Ce dernier chiffre-là fait froid dans le dos.

Ce que le métier devient vraiment

Un seul chiffre dit la bascule, et c'est celui qu'on cite le moins : 21 % des développeurs passent encore la majorité de leur semaine à écrire du code neuf. Les autres ne chôment pas, ils font autre chose. Ils lisent, ils intègrent, ils arbitrent, ils réparent. Le métier ne s'est pas vidé, il a monté d'un étage, et la partie qu'on croyait noble (taper des lignes) est justement celle qu'on délègue.

J'avais écrit un article là-dessus il y a six semaines, sur ce que devient un développeur dans ce monde-là et sur le trou que ça creuse chez les juniors. Je n'ai pas changé d'avis, mais cette enquête ajoute une réponse à laquelle je ne m'attendais pas : 86 % déclarent que l'IA a rendu leur métier plus intéressant, contre 76 % quatre mois plus tôt. Le détail est encore meilleur. Ceux qui s'en servent à fond sont 95 % à le dire, ceux qui la touchent à peine sont 58 %. Ce n'est donc pas l'outil qui rend heureux, c'est l'outil qu'on a pris le temps de dresser.

Trois projets, trois sessions, et une soiree qui passe a valider.

Trois projets, trois sessions, et une soirée qui passe à valider

Chez moi, c'est quoi

Trois sessions de Claude Code ouvertes en même temps, un projet par session, et je saute de l'une à l'autre pour vérifier ce qui revient. Ce que je constate depuis des mois, c'est que le temps de frappe s'est effondré et que le temps de relecture a explosé. L'enquête met enfin un chiffre sur une impression que je n'osais pas généraliser.

Et il y a un chiffre pour moi tout seul dans le tas : 46 % disent que le prix des jetons ou les limites d'usage ont changé leur façon de travailler. Ça, c'est moi en plein. Quand la semaine de quota se termine alors qu'un chantier est encore ouvert, tu regardes ton plan B au lieu de finir ce que tu as commencé.

Alors voilà où on en est. La machine tape, l'humain relit et signe. Reste une question que personne ne mesure, et c'est celle qui me gêne : qu'est-ce qu'il signe exactement, le jour où il ne saurait plus écrire la moitié de ce qu'il relit ?

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