OpenAI coupe ses modèles dans Cursor le 12 novembre. Tu fais quoi si tu l'utilises ?

OpenAI coupe ses modèles dans Cursor le 12 novembre. Tu fais quoi si tu l'utilises ?

Vendredi soir, OpenAI a prévenu : à partir du 12 novembre, ses modèles ne tourneront plus dans Cursor. Pour ceux qui ne connaissent pas, Cursor c'est le logiciel dans lequel un développeur écrit son code, sauf que celui-là a une IA greffée dedans qui tape une bonne partie du boulot à sa place. C'est un des outils les plus utilisés du métier, et sa maison mère annonçait 3 milliards de dollars de revenus annualisés en mai (chiffre d'entreprise, personne ne l'a audité).

Et là tu te dis : bon, un fournisseur qui claque la porte chez un client, ça arrive tous les jours. Sauf que dans ce cas précis, le client est un éditeur de code, la porte c'est le moteur qui écrit le code, et le préavis tombe un vendredi soir pour une coupure dans onze semaines.

Un écran de code branché sur quatre câbles, une main en débranche un, calendrier au 12 novembre

Il reste onze semaines. C'est plus qu'un préavis de démission, et moins qu'un déménagement.

Ce qui s'est passé, dans l'ordre

En juin, SpaceX annonce le rachat d'Anysphere, la société qui fabrique Cursor. 60 milliards de dollars, entièrement payés en actions SpaceX, donc pas un euro qui bouge : les actionnaires de Cursor deviennent actionnaires de SpaceX. L'opération se referme à la mi-août.

Deux semaines plus tard, le 28 août, OpenAI actionne ce qu'on appelle une clause de changement de contrôle. C'est la ligne du contrat qui dit, en gros : je te fournis parce que c'est toi, et si tu changes de propriétaire, je peux tout arrêter. Elle dort dans à peu près tous les contrats de fourniture sérieux, et elle ne sert jamais. Là, elle a servi.

La raison donnée par OpenAI, mot pour mot : « Nous faisons ce choix parce que nous ne pouvons pas être certains que SpaceX utilisera notre technologie dans le respect de nos conditions d'utilisation, au vu de notre expérience avec les entreprises d'Elon Musk qui violent les contrats. » Voilà. On ne va pas passer trois paragraphes là-dessus, ce sont deux entreprises qui se regardent en chiens de faïence et ça ne changera pas une ligne de ton code.

Frise des quatre dates : rachat en juin, signature mi-août, clause activée le 28 août, coupure annoncée au 12 novembre

Quatre dates, deux mois et demi de sursis. La cinquième case est celle qui t'intéresse.

Ce qui change ta ligne de code, en revanche, c'est le détail suivant : le 12 novembre n'est pas une date de coupure gravée, c'est une date de transition proposée par OpenAI. Les modèles actuels restent servis jusque-là. Les futurs modèles, eux, ne seront plus fournis à Cursor du tout. Autrement dit, même si les deux boîtes se réconcilient sur le calendrier, l'outil est déjà sorti de la file d'attente des nouveautés.

5 % du trafic, dit le patron de Cursor

Michael Truell, cofondateur de Cursor, a réagi avec le chiffre qui va bien : les modèles d'OpenAI représentent environ 5 % du trafic de ses utilisateurs. Traduction : sur cent demandes envoyées à une IA depuis Cursor, cinq partaient chez OpenAI, les quatre-vingt-quinze autres allaient ailleurs. Chez Claude d'Anthropic surtout, chez Gemini de Google, et chez Composer, le modèle maison de Cursor.

Prends ce chiffre pour ce qu'il est. Truell n'a dit ni sur quelle période il l'a mesuré, ni ce qu'il comptait exactement : des requêtes ? des jetons de texte ? des utilisateurs ? Ce n'est pas la même chose du tout. Une requête « complète cette ligne » et une requête « relis-moi ces quarante fichiers », c'est le même 1 dans un compteur et un rapport de 1 à mille en vraie consommation. Donc 5 %, oui, mais 5 % de quoi, on ne sait pas.

Ce qui reste vrai malgré le flou : ce n'est pas 80 %. Les gens qui codent avec Cursor ont massivement choisi autre chose que les modèles d'OpenAI, tout seuls, sans qu'on les y pousse. Et je ne suis pas franchement surpris, je passe mes journées dans Claude Code et je n'ai pas ouvert un modèle OpenAI pour coder depuis un moment.

Et si je paie OpenAI directement ?

C'est LA question que tout le monde pose depuis vendredi soir, et je vais y répondre franchement même si la réponse ne fait plaisir à personne.

Le plan, en théorie, est simple. Tu ouvres un compte chez OpenAI, tu récupères ce qu'on appelle une clé d'API, un long code personnel qui prouve que c'est bien toi qui frappes à la porte, tu le colles dans Cursor, et à partir de là tu paies OpenAI à la consommation. Plus d'intermédiaire, plus de contrat entre les deux boîtes, plus de problème. C'est ce qu'on lit partout depuis trois jours.

Est-ce que ça marchera après le 12 novembre ? Personne n'en sait rien. Et je pèse mes mots : ni OpenAI ni Cursor n'ont écrit une seule ligne sur ce cas précis. J'ai cherché, il n'y a rien, nulle part.

Alors voilà pourquoi je te déconseille de parier dessus. Même avec ta clé à toi dans la poche, ta demande ne part pas de ton ordinateur vers OpenAI en ligne droite. Elle passe par la tuyauterie de Cursor, exactement la même que celle du service normal. Or c'est précisément cette tuyauterie qu'OpenAI est en train de débrancher. Ça peut très bien continuer de fonctionner, ça peut très bien s'arrêter le même jour, et tant que l'un des deux ne l'a pas écrit noir sur blanc, faire son planning là-dessus revient à compter sur un trou dans une clôture qu'on est justement en train de réparer.

Et même dans le scénario optimiste, ta clé ne te rend pas le Cursor que tu connais aujourd'hui. Ça, en revanche, c'est documenté noir sur blanc, et bien avant cette brouille : une clé personnelle ne sert que pour la discussion avec le modèle. Le mode agent, celui qui part modifier plusieurs fichiers tout seul pendant que tu regardes, ne suit pas de façon fiable.

Quant au texte gris qui apparaît devant ton curseur pour finir ta ligne, celui que tu acceptes en tapant sur la touche Tab, il ne vient pas d'OpenAI et il n'en est jamais venu. Il sort de modèles que Cursor fabrique lui-même. Bonne nouvelle au passage : la fonction que tu utilises trois cents fois par jour ne bougera pas d'un millimètre le 12 novembre. Mauvaise nouvelle : ta clé perso ne te rend donc pas indépendant, tu paieras OpenAI d'un côté et tu continueras à payer Cursor de l'autre.

Une clé qui ouvre la porte d'entrée marquée conversation mais pas la porte de garage marquée touche Tab

Ta clé ouvre la porte d'entrée, pas le garage. Reste à savoir si la porte d'entrée sera encore là en novembre.

Un dernier point, invisible celui-là, et il mérite trente secondes. Aujourd'hui, c'est Cursor qui te promet que ton code n'est pas conservé une fois la réponse rendue. Le jour où tu branches ta propre clé, cette promesse ne s'applique plus : c'est ton contrat à toi avec OpenAI qui prend le relais, et il ne dit pas la même chose sur qui a le droit de garder une copie de ce que tu envoies, ni pendant combien de temps. Ton code fait exactement le même trajet qu'avant, à la virgule près. Ce qui change, c'est la règle écrite à l'arrivée. Et si ce code appartient à un client, c'est le genre de détail qui ne se remarque jamais au bon moment.

La partie marrante : ça prouve que l'outil n'est pas le moteur

Maintenant je vais dire un truc qui va sembler contre-intuitif, mais je le pense vraiment : cette coupure est une bonne nouvelle, et elle l'est pour une raison qui n'a rien à voir avec les deux entreprises qui se disputent.

Il y a deux ans, si ton outil de code perdait son modèle, tu perdais ton outil. Aujourd'hui, on annonce à tout un métier qu'un des quatre moteurs s'arrête, et la réponse tient dans un menu déroulant. Tu ouvres le sélecteur de modèle, tu prends celui d'à côté, tu continues. Anthropic a même annoncé dans la foulée qu'elle augmentait sa puissance de calcul pour absorber les gens de Cursor. Tom Brown, un des cofondateurs, l'a dit publiquement.

Une carrosserie sur tréteaux étiquetée l'éditeur et trois moteurs interchangeables étiquetés les modèles

L'éditeur est la carrosserie. Le moteur se change au feu rouge, sans descendre de voiture.

Ça, c'est un truc que l'industrie a construit sans le faire exprès, et c'est précieux ! Les outils de code se sont mis à parler à plusieurs modèles pour de mauvaises raisons (aller chercher le moins cher, contourner les pannes, tester le petit dernier), et le résultat est qu'aucun fournisseur ne tient plus personne par le col. Le jour où tu peux changer de fournisseur en trois clics, le fournisseur ne peut plus te faire de chantage, et honnêtement je préfère mille fois ce monde-là à celui où mon éditeur de code appartient à une seule maison.

Si tu utilises Cursor tous les jours

Voilà l'ordre dans lequel je m'y prendrais, et ça prend un quart d'heure.

D'abord, regarde ce que tu utilises vraiment. Dans le sélecteur de modèle de Cursor, si le nom qui revient chez toi commence par claude, par gemini ou par composer, le 12 novembre ne te fera rien du tout. Rien. Tu peux fermer cet article et aller prendre ton café.

Ensuite, si tu es dans les 5 %, essaie l'autre modèle maintenant et pas le 11 novembre au soir. Onze semaines, c'est exactement le temps qu'il faut pour se rendre compte tranquillement que le modèle d'à côté travaille différemment sur ton projet à toi, avec tes conventions et ton vieux code. Ça se découvre en travaillant, pas en lisant un tableau comparatif.

Enfin, si ton entreprise a des règles écrites sur qui a le droit de voir le code, relis-les avant de brancher une clé perso. Ce n'est plus le même contrat, et ce genre de détail se remarque toujours au pire moment.

Ce que j'en pense

Ce qui me frappe dans cette histoire, ce n'est pas la brouille. C'est la vitesse à laquelle un outil que des centaines de milliers de gens ouvrent tous les matins peut changer de propriétaire, perdre un fournisseur et se retrouver dans les journaux, le tout en deux mois et demi. Un éditeur de code, avant, ça vivait dix ans. On installait Visual Studio et on savait qu'il serait encore là pour la naissance du deuxième enfant.

Alors oui, la bonne surprise c'est que le déménagement tient dans un menu déroulant. Mais la vraie leçon, pour moi, c'est celle-là : ne fais jamais reposer ta façon de travailler sur un seul fournisseur, quel qu'il soit. Garde deux outils dans les doigts, apprends à changer de moteur avant qu'on t'y oblige, et le jour où deux milliardaires se fâchent, tu l'apprendras en lisant les news au lieu de le découvrir devant ton écran !


Sources

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