Crypto : Solana, plus d'une opération sur deux ne sert à personne. Il est temps de faire le ménage.

Crypto: Solana, plus d'une opération sur deux ne sert à personne. Il est temps de faire le ménage.


Depuis hier, les nouveautés de la mise à jour Agave 4.2 s'activent une à une sur Solana, l'un des plus gros réseaux de cryptomonnaies de la planète, dans le peloton de tête derrière Bitcoin et Ethereum. Rien de spectaculaire à l'écran. Mais il y a là-dedans un chiffre que j'ai relu deux fois pour être sûr de ne pas m'être trompé de ligne.

Sur la semaine qui s'est terminée le 31 juillet, 51 % des opérations passées sur ce réseau étaient des machines en train de se dire entre elles qu'elles étaient d'accord. Pas des gens qui s'envoient de l'argent. Juste des ordinateurs qui votent.

Un grand cahier ouvert : à gauche des opérations de gens, à droite une colonne entière de « ok » écrits par des machines

À gauche, ce que font les gens. À droite, ce qu'écrivent les machines. Même cahier, mêmes frais.

Une opération sur deux, c'est une machine qui lève la main

Deux minutes d'explication, et après ça tout le reste coule tout seul.

Un réseau comme Solana ressemble à un grand cahier partagé. On y écrit qui a envoyé quoi à qui. Ce cahier n'appartient à personne : il est recopié à l'identique sur des milliers d'ordinateurs répartis dans le monde, qu'on appelle des validateurs. Leur boulot est simple à énoncer et pénible à faire : se mettre d'accord, en permanence, sur l'ordre exact des lignes. Parce que si deux machines écrivent un avis différent, la transaction est considérée comme fausse, mal formée ou nulle. Ce qui permet de protéger le réseau Solana de fausses transactions.

Le problème vient de la manière dont ces accords sont enregistrés aujourd'hui. Chaque vote de chaque validateur est ajouté au cahier comme une opération ordinaire. Il prend de la place et il entraîne des frais. Le cahier finit donc à moitié rempli de « ok », « ok », « d'accord », « ok ».

Graphique : 1 620 votes de machines par seconde contre 1 474 opérations d'utilisateurs

À gauche, les gens. À droite, les machines qui se félicitent. Le réseau paie pour les deux.

Les chiffres, mesurés sur la dernière semaine de juillet : 1 620 votes par seconde, contre 1 474 opérations de vrais utilisateurs. Les machines parlent plus que les clients. Imagine une caisse de supermarché où un employé sur deux se contente de confirmer à voix haute que le précédent a bien scanné l'article. Ça marche, personne ne se trompe, mais tu ne feras jamais entrer plus de monde dans le magasin.

Ce qui a vraiment bougé hier

La version qui s'active depuis le 17 août ne règle pas encore ce problème. Elle fait trois autres choses, et elles sont bien concrètes.

Le rythme du réseau passe de 400 à 200 millisecondes. Cette durée correspond au créneau pendant lequel une machine peut écrire dans le cahier avant de passer la main. Elle sera divisée par deux, mais progressivement : quatre paliers de 50 millisecondes, avec un garde-fou qui interrompt la descente si trop de créneaux commencent à être ratés. Ça, c'est de la prudence d'ingénieur, et ça fait plaisir à voir.

Le coût du stockage baisse de 90 %. Conserver une donnée dans le cahier coûte de l'argent, car elle occupe de la place chez tout le monde, pour toujours. La valeur qui fixe ce tarif passe de 6 960 à 696. En argent réel, le petit compte qui sert à détenir un jeton passe d'environ 16 centimes à environ 1,6 centime. Dix fois moins cher pour ouvrir la porte.

Et les opérations peuvent être trois fois plus grosses : 4 096 octets au lieu de 1 232. Un octet, c'est en gros un caractère. On passe donc d'un SMS à une page de texte. Les anciens formats continuent de marcher, personne ne casse rien.

Le plus gros changement est dans un carton

Voilà le vrai sujet. Cette version transporte le code d'Alpenglow, le plus gros changement jamais tenté sur ce réseau, et ce code est livré éteint.

Alpenglow répond au problème des 51 %. L'idée tient en une phrase : au lieu d'inscrire leurs votes dans le cahier, les validateurs votent directement entre eux, par message, et une seule signature compacte résume des milliers de votes d'un coup. Le cahier ne voit plus rien passer. Environ 75 % de la place se libère, et cette place revient aux gens, à leurs transactions.

L'autre effet est encore plus impressionnant. Une opération met aujourd'hui environ 12,8 secondes à devenir irréversible, c'est-à-dire impossible à annuler. Ce délai passerait à environ 150 millisecondes. Quatre-vingt-cinq fois plus rapide. Le système a été proposé par l'équipe d'Anza avec des chercheurs de l'école polytechnique de Zurich, il a été approuvé par les validateurs à 98,27 % en septembre 2025, et il tourne sur un réseau d'essai depuis le 11 mai.

Avant et après : une file d'attente impatiente à 12,8 secondes, personne à 0,15 seconde

Douze secondes et huit dixièmes, c'est le temps de lire cette légende. Deux fois.

Petit détail qui en dit long au niveau trouille des développeurs : depuis le 5 août, une prime pouvant atteindre 50 000 SOL est offerte à qui trouvera une faille dans les quatre parties du code concernées. La fenêtre se referme demain, le 19 août. Quand on met une somme pareille sur la table pour se faire casser son propre travail, c'est qu'on a parfaitement conscience de ce qu'on est en train de toucher.

C'est un peu comme corriger le moteur d'un avion en plein vol !

Concrètement, ça change quoi pour toi

Si tu n'as jamais acheté de cryptomonnaie de ta vie et que tu n'en as aucune envie, tu peux tourner la page ici, mais pour moi c'est l'avenir. Si tu es un investisseur et que la blockchain Solana te fait les beaux yeux, je pense que ce changement va redorer encore plus son blason.

Ce qui change : le seuil de patience. Douze secondes et huit dixièmes, c'est très long quand tu es debout devant une caisse avec trente personnes derrière toi. Ce délai bloque presque tous les usages du quotidien. Personne ne paiera son pain avec un système qui l'oblige à regarder ses chaussures pendant treize secondes. À 150 millisecondes, l'attente devient invisible : c'est le temps d'un clignement d'œil, exactement la sensation d'un paiement sans contact.

Années 1990, un terminal de carte relié au téléphone, contre un paiement sans contact aujourd'hui

Le terminal qui composait un numéro de téléphone. Ta grand-mère se souvient très bien du bruit.

Le précédent existe, d'ailleurs, et il est parlant. Dans les années 1990, payer par carte chez le boulanger, ça voulait dire un terminal qui composait un numéro de téléphone, une petite musique de modem, et trente secondes de blanc au comptoir. Résultat : on ne sortait la carte que pour les grosses sommes, et le boulanger levait les yeux au ciel. La carte n'a pas changé de nature depuis. C'est l'attente qui a disparu, et c'est ça, uniquement ça, qui fait qu'aujourd'hui tu paies ta baguette en posant ton téléphone sur un boîtier.

Deuxième chose concrète : le coût. Quand le prix du stockage est divisé par dix, les frais des petites opérations baissent. Envoyer trois euros en payant un euro de frais, c'est une plaisanterie, et c'est ce qui a tué la plupart des usages courants sur ces blockchains.

Et ce que ça ne change pas, je préfère l'écrire noir sur blanc : ça ne rend pas ces monnaies plus stables, ça ne dit rien de ce qu'elles valent, et ça n'en fait pas un moyen de paiement accepté chez ton boucher. Ça enlève un obstacle technique et ça rajoute de sérieux avantages.

La promesse est sérieuse, les réserves aussi

Les 150 millisecondes restent un objectif annoncé. Ce délai a été mesuré en laboratoire et sur un réseau d'essai, pas sur le vrai réseau en pleine charge, un jour où tout le monde se rue au même endroit. C'est exactement la différence entre une voiture sur banc d'essai et la même voiture dans un embouteillage à Bruxelles un vendredi soir.

Ensuite, la date. La cible est octobre, avec la version suivante. Une cible n'est pas une date, et sur ce genre de chantier les cibles bougent. Si ça glisse à décembre ou à mars, ça ne voudra pas dire que le projet est mort, ça voudra dire que quelqu'un a bien fait son travail et a préféré retarder.

Enfin, le vrai risque. Changer la manière dont des milliers de machines se mettent d'accord, c'est l'opération la plus délicate qu'on puisse tenter sur un réseau de ce type. C'est le genre de chirurgie qui, quand elle rate, ne fait pas ramer le service : elle l'arrête. Solana en sait quelque chose, le réseau a déjà connu plusieurs pannes complètes par le passé. D'où les paliers de 50 millisecondes, d'où le garde-fou automatique, d'où les 50 000 SOL offerts aux casseurs. Tout ce dispositif dit la même chose : on sait très bien où on met les pieds.

Ce que j'en pense

Il n'y a pas de promesse de rendement, pas de nouveau jeton à la mode, pas de communiqué qui annonce la fin du système bancaire. Il y a des gens qui ont regardé leur propre réseau, constaté que la moitié du travail consistait à s'auto-congratuler, et décidé de virer ça. C'est de la plomberie. C'est même exactement la définition de la plomberie.

Et pour être honnête, ce chiffre de 51 % me plaît surtout parce qu'il est vexant. Pendant des années, le discours officiel de ce réseau mettait en avant sa vitesse et son nombre d'opérations par seconde, comme on brandit un record. Sauf qu'une opération sur deux dans ce record, c'était le compteur en train de se mesurer lui-même. Il faut un certain courage pour publier le chiffre qui montre qu'on s'est un peu raconté d'histoires.

Maintenant, on verra en octobre. Ou en décembre. Ou l'année prochaine, tiens. Mais il n'y a rien à dire, si Solana continue à améliorer sa blockchain comme cela, elle va commencer à devenir incontournable.

#Cryptomonnaie#Solana#Blockchain#MiseAJour#Protocole#Performance
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