Le 31 août, Chrome efface les derniers vrais bloqueurs de pub. Edge a commencé la semaine dernière.
Dans seize jours, Google retirera du Chrome Web Store toutes les extensions qui n'ont pas adopté son nouveau format. Le vrai uBlock Origin en fait partie. Le 7 août, Microsoft a annoncé qu'Edge ferait pareil, avec effet immédiat.
Le videur est parti. À sa place, une liste imprimée et scotchée sur la porte. Devine qui entre quand même.
Si tu bloques les pubs avec une extension, la suite te concerne. Si tu ne bloques rien, tu vas comprendre pourquoi certains tiennent autant à ces outils.
Ce qui se passe exactement, et ce qui ne se passe pas
Commençons par calmer le jeu. La moitié des articles sur le sujet raconte n'importe quoi.
Sur Chrome, le vrai uBlock Origin ne fonctionne déjà plus. Il est désactivé de force depuis juillet 2025, sans bouton pour le réactiver. La version 139 du navigateur a aussi supprimé le réglage qui permettait aux entreprises d'y échapper. Le 31 août, c'est sa fiche qui disparaîtra du magasin. Il n'y aura plus de mise à jour et, si tu désinstalles l'extension, tu ne pourras plus la remettre. Google ferme la porte à clé après avoir fait sortir tout le monde.
Sur Edge, le processus commence maintenant. Dans son article du 7 août, Microsoft détaille la méthode. Des avertissements apparaîtront d'abord sur la page des extensions. Ensuite, les extensions à l'ancien format « seront progressivement désactivées par défaut » au cours des prochains mois. Les versions de test seront touchées en premier, puis la version normale. Pour le grand public, tout sera terminé fin 2026. Les ordinateurs gérés par une entreprise auront un sursis jusqu'au début de 2027.
Tu veux savoir où tu en es ? Colle l'une de ces trois adresses dans la barre de ton navigateur.
chrome://extensions Chrome
edge://extensions Edge
about:addons FirefoxPourquoi un bloqueur de pub a besoin d'être un videur
Il faut d'abord comprendre le mécanisme. Sinon, on ne voit pas pourquoi les gens râlent depuis quatre ans.
Avec l'ancien format, l'extension se place entre la page et le navigateur. Elle voit passer chaque requête, c'est-à-dire chaque demande envoyée par la page pour charger un fichier, une image ou une pub. Elle les examine une par une avant leur départ. Celle-ci passe, celle-là non, et cette autre mérite une vérification. C'est un videur devant une porte. Il regarde chaque tête.
Avec le nouveau format, l'extension ne peut plus examiner chaque demande. Elle fournit à l'avance une liste de règles au navigateur, puis le navigateur les applique. Cette liste a une taille maximale et elle est préparée à l'avance. Personne ne juge chaque cas au moment où il se présente. C'est une feuille A4 scotchée sur la porte avec les noms interdits.
Le monsieur à fausse moustache, à droite, n'était pas sur la liste. Techniquement, il est en règle.
Conséquence concrète, uBlock Origin Lite, créé par le même auteur pour le nouveau format, ne fait pas le même travail. Le principal problème n'est même pas ce qu'il bloque, mais sa vitesse de réaction. Ses filtres arrivent avec les mises à jour de l'extension. Ils doivent donc passer par la vérification du magasin. Quand un site modifiait sa façon d'afficher des pubs un mardi, l'ancienne version pouvait riposter dans l'heure. La nouvelle attend que le magasin ait fini de relire son code.
| Ce qu'on compare | uBlock Origin (Firefox) | uBlock Origin Lite (Chrome, Edge) |
|---|---|---|
| Décision requête par requête | Oui | Non, règles préparées à l'avance |
| Nombre de règles | Pas de plafond imposé | Plafonné par le navigateur |
| Masquer les éléments d'une page | Complet | Très limité |
| Listes de filtres | Toutes, y compris les tiennes | Une sélection |
| Délai d'une riposte | Quelques heures | Le temps d'une vérification par le magasin |
Les chiffres de Microsoft, et celui qui manque
Microsoft accompagne son annonce de trois chiffres bien choisis. Parmi les extensions les plus utilisées de son magasin, 95 % sont déjà passées au nouveau format. Il ne reste que 58 extensions à l'ancien format avec un usage sérieux. Sur ces 58 extensions, seulement 3 n'ont aucune version moderne disponible.
Traduction : circulez, tout est réglé. Il ne reste que trois retardataires.
Sauf qu'il manque un chiffre : le nombre d'utilisateurs de ces trois extensions. Et ce ne sont pas forcément des retardataires. Leur fonction même peut être incompatible avec le nouveau format. On ne parle pas d'un développeur qui n'a pas eu le temps de remplir un formulaire. On parle d'un outil qui ne peut plus fonctionner avec les nouvelles règles. Compter les extensions plutôt que leurs utilisateurs, c'est une façon très polie de déclarer le problème résolu.
Ce que tu fais ce week-end
Tu as trois options. Je te donne la mienne à la fin.
Première option, Firefox. Dans sa propre version du nouveau format, Mozilla a conservé la capacité retirée par Google. Le vrai uBlock Origin y fonctionne donc au complet. Sur le magasin de Mozilla, il affiche 10 545 700 utilisateurs, une note de 4,8 sur 5 pour presque 22 000 avis et une version 1.73.0 mise à jour le 5 août. Ce n'est pas exactement un projet abandonné au fond d'un garage.
Deuxième option, Brave. C'est là que beaucoup d'articles se trompent en affirmant que Firefox est le dernier recours. Brave distribue lui-même quatre extensions à l'ancien format, dont uBlock Origin, et promet de le faire aussi longtemps que possible. Le problème, c'est que « aussi longtemps que possible » n'est pas une date. Des versions de test récentes les ont déjà désactivées. Je n'en ferais pas un plan à cinq ans.
Troisième option, tu ne changes rien et tu installes uBlock Origin Lite. Il vient du même auteur, il est honnête sur ses limites et il bloque encore la grande majorité des pubs. Tu ne seras pas renvoyé en 2005, avec douze fenêtres qui s'ouvrent toutes seules.
Perso ? Firefox pour naviguer, et je garde Chrome ouvert à côté pour les deux sites d'entreprise qui ne fonctionnent qu'avec lui. Ça fait quinze ans que je fais ça et je n'ai jamais eu à choisir un camp.
Concrètement, ça change quoi pour toi
Si tu n'as jamais installé de bloqueur, la question est légitime : pourquoi s'énerver pour une simple extension ?
À gauche, un site de recettes normal en 2026. La recette est quelque part, paraît-il.
Trois choses très terre à terre. La page de recettes du gâteau du dimanche, où la liste des ingrédients se cache derrière quatre bannières et une vidéo lancée toute seule. Les données mobiles avalées quand tu lis le journal en 4G, car les pubs pèsent souvent plus lourd que l'article. Et le vieux portable de ta mère, qui rame moins avec un bloqueur qu'avec une barrette de mémoire supplémentaire. Le bloqueur coûte aussi nettement moins cher.
Soyons honnêtes : après le 31 août, personne ne se réveillera devant un écran couvert de pubs. uBlock Origin Lite continuera de bosser. La différence apparaîtra surtout sur les sites qui changent leurs méthodes chaque semaine, notamment les plateformes vidéo. Là, la course entre les régies publicitaires et les bloqueurs se joue en jours, pas en mois. Ce sera une dégradation lente, pas une panne brutale.
On a déjà vécu une situation comparable. En 2004, les fenêtres surgissantes rendaient le web infernal. Des extensions ont réglé le problème avant que les navigateurs intègrent leurs propres bloqueurs. La différence, c'est qu'à l'époque, personne ne gagnait sa vie en vendant ces fenêtres.
Ce que j'en pense
L'argument officiel de Google tient debout. Il faut le reconnaître. Une extension capable de voir chaque requête peut aussi voir tout ce que tu fais. De vraies saloperies ont déjà été vendues comme des bloqueurs. Limiter ce pouvoir n'est donc pas absurde.
Le problème, c'est de savoir qui fixe les limites. L'entreprise qui vit de la publicité écrit aussi les règles techniques du navigateur utilisé par tout le monde. C'est encore elle qui décide de ce qu'un bloqueur a le droit de voir. Même en supposant que tout le monde soit de bonne foi, cette position reste intenable. Microsoft aurait pu se différencier sur ce point. Il préfère suivre sans discuter. Cela montre surtout combien il coûte de maintenir un navigateur réellement différent de celui de Google.
Alors oui, je vérifierai mes extensions ce week-end. Et je repense à une phrase qu'on entendait il y a vingt ans, à l'époque d'Internet Explorer 6 : il vaut mieux qu'il existe plusieurs navigateurs. On avait raison. On a fini par gagner. Et voilà qu'il faut encore réapprendre la leçon.



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