Aller au contenu principal

Une antenne radio faite d'air et de laser : à quoi ça peut servir ?


Des chercheurs américains ont fabriqué une antenne radio avec de l'air et un laser. Pas de tige en métal, pas de mât, rien : un faisceau qui fait briller un fil d'air dans le vide, et ce fil envoie des ondes radio. Eux-mêmes disent que ça ressemble à un sabre laser. En tant que geek, C'est un sujet qui me plaît.

Le travail vient de l'université d'État de Caroline du Nord, avec des chercheurs de Texas A&M et de Princeton. Leur université l'a annoncé le 5 octobre, et l'étude est parue dans une revue scientifique d'ingénieurs radio, le IEEE Journal of Microwaves.

Dans un laboratoire sombre, un fin faisceau laser traverse l'air au-dessus d'une table d'optique et laisse derrière lui un fil de lumière bleue brillant, comme une lame suspendue, pendant qu'une chercheuse en blouse le regarde, ravie, à côté d'un petit poste de radio

Pas encore de bourdonnement quand on l'agite. Ça viendra peut-être dans la version 2

Une antenne, normalement, c'est du métal

Petit rappel pour comprendre l'exploit. Une antenne, c'est un morceau de métal dans lequel on fait aller et venir des électrons, très vite. Ce va-et-vient envoie des ondes radio dans l'air. Et la longueur du morceau de métal décide des ondes qu'il envoie le mieux : c'est pour ça que l'antenne de la radio FM de ta voiture n'a pas la même taille qu'une antenne de radioamateur, ni que celle cachée dans ton téléphone. Une antenne, une gamme de fréquences, et si tu veux en changer, eh bien tu changes d'antenne, c'est pour ça que les toits des immeubles et les pylônes ressemblent à des sapins de Noël en ferraille, avec une antenne pour la radio, une pour la télé, une pour les téléphones, et encore une autre pour je ne sais quoi.

Leur idée : remplacer le métal par du plasma. Le plasma, c'est de l'air tellement secoué que des électrons s'arrachent de leurs atomes. Ça brille, et surtout, ça conduit l'électricité comme un fil de cuivre ! Tu en as déjà vu : un éclair, c'est du plasma, et les vieilles enseignes au néon aussi.

Pour fabriquer leur plasma, les chercheurs tirent un laser très puissant dans l'air. Réglé avec la bonne puissance et le bon diamètre, le faisceau arrache les électrons de l'air sur un fil très fin. Ce fil brillant, c'est l'antenne. Et comme on ne peut pas souder un câble sur de l'air, ils ont glissé le faisceau à travers un anneau de métal qui transmet le signal radio au plasma sans le toucher. Bien vu !

Une antenne qui change de taille en un clin d'œil

Voilà où ça devient vraiment intéressant. La longueur du fil de plasma, c'est le réglage du laser qui la décide. Change le réglage, et l'antenne s'allonge ou se raccourcit. En théorie, une seule antenne pourrait donc couvrir toute une gamme de fréquences, là où il en faut aujourd'hui plusieurs. Et en déplaçant le faisceau, on pourrait aussi l'orienter, sans moteur et sans mât qui pivote.

Avant et après, côte à côte : à gauche, un toit hérissé d'une forêt d'antennes en métal de toutes les tailles, avec l'étiquette « Avant : une antenne par fréquence » ; à droite, le même toit vide avec un seul petit boîtier qui projette un fin faisceau de lumière bleue vers le ciel, avec l'étiquette « Après : un laser qui change de taille »

À gauche, le toit d'aujourd'hui. À droite, le rêve des chercheurs

Paul Franzon, un des auteurs, résume l'intérêt : on obtiendrait une antenne sur mesure sans mécanisme compliqué à déployer. Les chercheurs pensent d'abord aux satellites et aux avions, là où chaque kilo compte et où une antenne repliable qui se coince, c'est une mission ratée.

Bon, le sabre laser porte à 5 centimètres

Il faut quand même regarder les chiffres, et ils sont modestes. L'antenne a émis sur une seule fréquence, 30 mégahertz, tout près de celle des cibistes et de leur radio CB. L'antenne qui recevait le signal était placée à environ 5 centimètres. Et le signal reçu était deux fois et demie plus fort avec le fil de plasma que sans. C'est une preuve que ça marche, pas une antenne qui couvre un quartier. Et personne n'a encore montré qu'elle sait aussi recevoir, même si l'auteure principale, Prya Darshni, ne voit pas pourquoi ça ne marcherait pas.

Sur une table de laboratoire, deux petits boîtiers noirs presque collés l'un à l'autre, reliés par un tout petit fil de lumière bleue, devant une règle d'écolier qui montre qu'ils ne sont séparés que de quelques centimètres

Pour l'instant, l'émetteur et le récepteur pourraient presque se faire la bise

Prya Darshni le dit elle-même : c'est un premier pas, mais un grand pas, parce que c'est la première fois que quelqu'un montre qu'une antenne en fil de plasma peut fonctionner. Et pour une fois, pas de « révolution des télécoms » dans le communiqué. Juste une expérience qui marche !

Et chez toi, ça change quoi ?

Aujourd'hui ? Rien. Ta box internet, ton téléphone et ta radio de voiture n'en verront pas la couleur avant longtemps, peut-être dix ans, peut-être vingt, peut-être jamais.

Mais imagine où ça peut mener. Les satellites qui apportent internet dans les coins de campagne sans fibre ont besoin d'antennes, et chaque gramme lancé en orbite coûte une fortune. Une antenne faite de lumière, qui ne pèse rien, qui ne se plie pas et qui change de fréquence à la demande, ça peut un jour rendre ces satellites plus légers, donc moins chers à lancer. Et ce qui coûte moins cher à lancer finit souvent par coûter moins cher sur ta facture d'abonnement.

Et ce genre d'histoire, on l'a déjà vue. En 1960, quand Theodore Maiman a fait marcher le tout premier laser, on l'a surnommé « une solution qui cherche son problème ». Personne ne savait à quoi ça pourrait servir. Quatorze ans plus tard, en 1974, un lecteur laser bipait le premier code-barres dans un supermarché de l'Ohio, sur un paquet de chewing-gums. Aujourd'hui, il y a un laser dans chaque caisse de supermarché, et c'est encore la lumière d'un laser qui fait voyager internet dans la fibre jusqu'à ta maison.

Avant et après, côte à côte : à gauche, un laboratoire des années 1960 en noir et blanc où un chercheur en chemise blanche regarde un petit appareil d'où sort un mince rayon rouge, avec l'étiquette « 1960 : une solution qui cherche son problème » ; à droite, une caisse de supermarché moderne où une caissière passe un paquet de chewing-gums devant le lecteur laser rouge, avec l'étiquette « Aujourd'hui : dans chaque caisse »

Le laser a mis quatorze ans à trouver son premier client. Un paquet de chewing-gums

Je ne dis pas que l'antenne au plasma suivra le même chemin. Je dis qu'il ne faut jamais juger une invention de labo à ce qu'elle sait faire le premier jour.

Mon avis

Pour moi, c'est la plus belle façon de faire de la science : pas de milliards, pas de promesse de changer le monde d'ici Noël, juste trois chercheurs qui se demandent si on peut faire une antenne avec de l'air, et qui découvrent que oui, un peu, sur 5 centimètres. C'est comme ça que commencent les trucs qu'on utilise sans y penser trente ans plus tard.

Sources

Article écrit avec l'aide de Claude Code, relu et corrigé par moi.

Rejoignez la conversation

Vous devez avoir un compte pour commenter cet article. La création est gratuite et prend moins d'une minute.

  • Le fichier XMLTV à télécharger gratuitement, chaque jour
  • Commenter les articles et répondre aux autres lecteurs
  • Être averti par e-mail des nouveaux articles que vous suivez

Aucun commentaire pour le moment.

Une erreur s'est produite. Cette application peut ne plus répondre jusqu'à ce qu'elle soit rechargée.Veuillez contacter l'auteur. Reload 🗙