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Google envoie ses puces d'IA dans l'espace : à quoi servirait un data center en orbite ?


Google a envoyé un frigo dans l'espace. Bon, pas tout à fait un frigo, mais un satellite de la taille d'un frigo, avec dedans quatre puces d'IA de Google. Il est parti le 1er octobre de Californie, sur une fusée Falcon 9 de SpaceX, au milieu de quelque 130 petits satellites embarqués sur le même vol. Et Google a confirmé dans la foulée avoir établi le contact : la bête répond, et tout fonctionne comme prévu.

Le projet s'appelle Project Suncatcher, « l'attrape-soleil ». Et l'idée derrière est complètement folle : un jour, faire tourner l'IA dans des centres de calcul en orbite plutôt que sur Terre. Je trouve ça génial. Et un peu dingue. Les deux à la fois.

Un réfrigérateur de cuisine blanc, muni de deux grandes ailes de panneaux solaires bleus, flotte en orbite au-dessus de la Terre, avec le soleil qui se lève sur l'horizon de la planète

Le frigo le plus cher de l'histoire, et il ne garde même pas les bières au frais

Qu'est-ce qu'il y a dans ce satellite ?

Quatre « TPU », les puces que Google fabrique spécialement pour l'IA, l'équivalent maison des cartes graphiques de Nvidia. Ce sont des puces de la génération Trillium, la même que celle qu'on loue sur les serveurs en ligne de Google. Des panneaux solaires fournissent environ un kilowatt, à peu près la consommation d'un petit sèche-cheveux.

Et ça sert à quoi, là-haut ? À faire tourner Gemma, un petit modèle d'IA de Google, qui répondra à des questions simples. Par tranches de 15 minutes maximum. Pas une de plus. On va voir pourquoi, et c'est la partie la plus drôle de l'histoire.

Travis Beals, le patron du projet, ne s'en cache pas : c'est « un test très minimal », juste pour vérifier que les puces survivent à la vibration du décollage (jusqu'à 50 à 100 fois la gravité d'après Google), aux radiations et aux écarts de température. Le satellite doit fonctionner un an, et il retombera se désintégrer dans l'atmosphère au plus tard six ans après son lancement.

Pourquoi aller calculer dans l'espace ?

À cause du soleil. Sur Terre, un panneau solaire passe la moitié de son temps dans la nuit, et le reste sous les nuages. En orbite, sur la bonne trajectoire, celle qui suit en permanence la limite entre le jour et la nuit, le satellite voit le soleil presque tout le temps. Google parle d'un panneau qui produit jusqu'à huit fois plus d'électricité que le même posé au sol. Pas besoin de grosses batteries pour passer la nuit, puisqu'il n'y a quasiment pas de nuit.

Et l'IA a faim d'électricité. Très faim. Un data center, ces immenses hangars remplis de serveurs, tire sur le même réseau électrique que ta maison et consomme souvent de l'eau pour se refroidir. L'idée de Google, c'est d'aller chercher l'énergie là où elle est gratuite et illimitée.

Le gros problème : refroidir dans le vide

Alors là, j'adore. Tu te dis que l'espace, c'est froid, donc parfait pour refroidir des puces qui chauffent. Raté ! Le vide est le meilleur isolant qui existe. C'est exactement pour ça que ton thermos garde le café chaud toute la journée : entre ses deux parois, il y a du vide.

Sur Terre, on refroidit les serveurs en soufflant de l'air dessus ou en faisant circuler de l'eau. Dans l'espace, il n'y a pas d'air à souffler. La chaleur ne peut partir qu'en rayonnant, lentement, par des radiateurs. D'où ces 15 minutes de calcul : au-delà, les puces chaufferaient trop. Le satellite teste justement un nouveau système de refroidissement, avec des caloducs, ces tubes qui transportent la chaleur vers les radiateurs. Travis Beals l'appelle « un défi de recherche crucial ». Traduction : on ne sait pas encore bien faire.

À l'intérieur d'une station spatiale, un astronaute en flottaison tient un thermos d'où sort de la vapeur et le regarde d'un air perplexe

L'espace est glacial, et pourtant impossible d'y refroidir quoi que ce soit. Merci le thermos

Combien ça coûte d'envoyer un kilo là-haut ?

C'est LA question qui décide de tout. Dans son étude publiée en novembre 2025, Google part d'un prix d'environ 3 600 dollars pour envoyer un kilo en orbite basse avec une Falcon 9 réutilisable. Pour que le calcul dans l'espace devienne aussi rentable que sur Terre, il faudrait descendre sous les 200 dollars le kilo. Dix-huit fois moins cher. Google espère y arriver vers le milieu des années 2030, si les prix des lancements continuent de baisser, et ça repose en grande partie sur la future fusée géante de SpaceX, Starship.

Graphique en barres, chiffres de l'étude de Google de novembre 2025 : envoyer un kilo en orbite basse coûte environ 3 600 dollars aujourd'hui avec une Falcon 9 réutilisable ; pour que le calcul dans l'espace soit rentable, il faudrait moins de 200 dollars le kilo, espéré vers le milieu des années 2030

Il reste juste à diviser le prix par dix-huit. Une broutille

Et Google n'est pas seul sur le coup. D'après NPR, la start-up Starcloud a déjà envoyé une puce Nvidia en orbite en novembre 2025, et SpaceX parle de ses propres satellites de calcul pour 2028. Prochaine étape chez Google : deux satellites en 2027, qui se parleront par laser. Et à terme, l'étude imagine des grappes de 81 satellites volant en formation serrée, à 650 kilomètres d'altitude.

Concrètement, ça change quoi pour toi ?

Aujourd'hui, rien. Et soyons honnêtes, à mon avis rien avant dix ou quinze ans. Travis Beals le dit lui-même : « Ça va prendre beaucoup de temps », et les data centers terrestres et spatiaux vont « cohabiter longtemps ».

Mais si ça marche, trois choses te concernent. D'abord, l'IA que tu utilises tous les jours, quand tu demandes une recette à Gemini ou que Gmail te propose une réponse, consommerait de l'électricité qui ne vient pas du même réseau que ton chauffage. Moins de concurrence sur les câbles. Ensuite, un data center en orbite ne boit pas l'eau de la région où il est construit. Et enfin, c'est une course qui pousse les prix des lancements vers le bas, ce qui profite aussi aux satellites qui te donnent la météo, le GPS de ta voiture ou internet au fond de la campagne.

Avant et après, côte à côte. À gauche, une petite ville au pied d'un immense data center gris avec des tours de refroidissement qui crachent de la vapeur et des lignes à haute tension. À droite, la même ville, verte et tranquille sous un ciel bleu, le data center a disparu, remplacé par des prés

Le data center chez le voisin, ou à 650 kilomètres au-dessus de sa tête : le voisin a vite choisi

Et pour ceux qui trouvent tout ça farfelu, un petit rappel historique. En 1958, Vanguard 1 devient le premier satellite alimenté par des panneaux solaires. À l'époque, une cellule solaire coûte une fortune et ne sert qu'à ça. Aujourd'hui, il y en a sur des millions de toits, et peut-être sur le tien.

Mon avis

Je ne vais pas te vendre du rêve : quatre puces qui calculent un quart d'heure, ce n'est pas un data center, c'est une démonstration. Les obstacles sont énormes, la chaleur, les pannes qu'on ne peut pas réparer (pas de technicien avec sa caisse à outils à 650 kilomètres), le prix des lancements. Et faire décoller des fusées, ce n'est pas franchement gratuit pour la planète non plus.

Mais j'aime cette façon d'attaquer le problème. Plutôt que de construire des centrales à côté des data centers, on emmène les data centers là où le soleil ne se couche jamais. Si dans quinze ans mes requêtes à l'IA sont calculées au-dessus de ma tête pendant que je dors, je trouverai ça fabuleux. Et à l'équipe de Google qui attend ses premiers résultats : pensez à mettre un peu de glace dans le prochain, ça ne peut pas faire de mal !

Sources

Article écrit avec l'aide de Claude Code, relu et corrigé par moi.

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