Crypto : la Belgique compte 2 plateformes agréées sur 338. Et alors ?
Je suis tombé sur le registre européen des plateformes crypto cette semaine, et j'ai regardé la ligne Belgique deux fois pour être sûr.
Deux. L'Allemagne en a 81, la France 35, les Pays-Bas 29. Nous, deux.
Le passeport, c'est exactement le bon mot pour ce qui suit
Premier réflexe : on s'est fait avoir. Deuxième réflexe, après avoir creusé : pas du tout, et c'est même plutôt une bonne nouvelle. Voilà ce que ce chiffre veut vraiment dire.
Un agrément, valable partout
Depuis le 1er juillet 2026, une plateforme qui veut te vendre du service crypto en Europe doit avoir un agrément. Pas une déclaration, pas une inscription : un agrément, délivré par le gendarme financier d'un pays, après examen du dossier.
Le mot officiel est CASP, pour prestataire de services sur crypto-actifs. Concrètement : les sites où tu achètes, où tu revends, où tu laisses tes jetons dormir, et les portefeuilles gérés pour toi.
Et voilà le truc que tout le monde rate : cet agrément vaut dans les vingt-sept pays d'un coup. Une plateforme agréée en Allemagne a le droit de te servir en Belgique sans redemander quoi que ce soit. C'est ce qu'on appelle le passeport européen, et ça existe depuis longtemps pour les banques et les assurances.
Donc oui, la Belgique n'en a que deux. Et non, ça ne veut pas dire que tu n'as le choix qu'entre deux sites. Ça veut dire que les plateformes qui te servent ont déposé leur dossier ailleurs, souvent là où l'équipe est déjà installée.
Trois pays raflent presque la moitié du tableau. Ce n'est pas un hasard, c'est là que sont les bureaux
Quatre pays sont à zéro : la Grèce, la Hongrie, la Pologne et la Roumanie. Ceux-là non plus n'ont pas de désert crypto. Ils ont des clients servis depuis Francfort, Paris ou La Valette.
Ce que ça t'apporte, très concrètement
Là je vais être clair, parce que c'est le vrai sujet et qu'on n'en parle jamais.
Avant, n'importe qui pouvait monter une plateforme, prendre ton argent et le mélanger au sien. Si la boîte coulait, tes jetons coulaient avec, et tu découvrais qu'ils n'avaient jamais été vraiment à toi.
Une plateforme agréée doit maintenant garder tes avoirs séparés des siens, tenir un capital minimum, publier ses tarifs avant que tu cliques, dire ce qu'elle fait de tes jetons quand ils dorment chez elle, et te fournir un vrai service de réclamation. Il y a deux semaines, je racontais ici ce qui arrive à tes jetons quand tu les prêtes à une plateforme, et c'était moins joli que la brochure.
Ce n'est pas une garantie contre la perte. Si le cours plonge, personne ne te rembourse, et ça reste écrit noir sur blanc dans le règlement. Mais entre « la boîte a fait faillite et tes jetons étaient dans le pot commun » et « la boîte a fait faillite et tes jetons étaient à ton nom », il y a un monde.
Vérifier ta plateforme, deux minutes montre en main
Le registre est public. C'est l'autorité européenne des marchés financiers qui le tient, et il se met à jour à peu près toutes les semaines : 325 plateformes au 12 août, 338 au 7 septembre. Ça bouge tout le temps.
Tu cherches le nom de ta plateforme dedans. S'il y est, regarde le pays qui a délivré l'agrément, parce que c'est ce gendarme-là qui s'occupera de ta réclamation, pas le nôtre. Si c'est Malte ou Chypre, ta lettre de plainte partira en anglais.
S'il n'y est pas, deux possibilités. Soit la plateforme opère depuis l'extérieur de l'Europe et tu es tout seul en cas de pépin. Soit elle est en train de fermer boutique chez nous, parce que depuis le 1er juillet c'est simple : pas d'agrément, plus le droit d'exercer ici.
Ceux qui se sont fait épingler
Le gendarme belge, la FSMA, n'a pas attendu longtemps. Le 6 juillet, cinq jours après la fin du régime transitoire, il publiait un avertissement nommant six sociétés qui proposaient des services crypto sans autorisation.
La fin du régime transitoire, vue depuis la vitrine
Aurum Foundation, Bank Bit, Bithf Pro, Dxago, Global Dynamic Trade, ZeriaFunding. Des noms que tu n'as probablement jamais vus, et c'est justement le problème : ce sont ceux qui arrivent par un message, une pub sur un réseau, un « conseiller » très aimable au téléphone.
Le conseil de la FSMA aux victimes tient en cinq lignes, et il y en a une que je trouve précieuse : méfie-toi des gens qui te proposent de récupérer ton argent perdu contre une commission. C'est la deuxième arnaque, elle vise ceux qui viennent de tomber dans la première, et elle marche très bien parce qu'on est prêt à tout quand on vient de se faire avoir.
Et pour toi, ce matin
Rien d'urgent, rien à cliquer dans la panique.
Ouvre le registre, cherche le nom de la plateforme où dorment tes jetons, note le pays qui l'a agréée. Trente secondes. Si tu la trouves, tu sais qui appeler le jour où ça se passe mal, et tu sais dans quelle langue.
Si tu ne la trouves pas, ce n'est pas forcément une arnaque, mais c'est une question à poser à ton service client, et la façon dont il répond t'apprendra beaucoup.
Deux agréments belges sur 338, je trouvais ça vexant en découvrant le chiffre. En fait c'est le marché unique qui fonctionne comme prévu, pour une fois : un dossier, vingt-sept pays.
Sources
- Autorité européenne des marchés financiers : le règlement MiCA, le cadre officiel et le registre des prestataires agréés
- CASP Tracker : le registre ESMA mis en tableau, les 338 prestataires au 7 septembre 2026 et leur répartition par pays, dont les 81 allemands, les 35 français, les 29 néerlandais et les 2 belges
- FSMA : fin de la période transitoire pour les prestataires crypto, publié le 25 juin 2026, la date du 1er juillet et l'obligation de cesser les services sans agrément
- FSMA : avertissement sur les prestataires crypto non autorisés, publié le 6 juillet 2026, les six sociétés nommées et les cinq conseils aux victimes



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