Crypto : Ethereum a recensé 62 propositions pour sa mise à jour de 2027. Deux ont été acceptées.

Crypto : Ethereum a recensé 62 propositions pour sa mise à jour de 2027. Deux ont été acceptées.

Imagine qu'une entreprise publie la note interne où ses ingénieurs classent leurs propres projets, avec les recalés, les hésitations et les désaccords. Ça n'arrive jamais.

C'est pourtant ce que l'équipe de recherche de la fondation Ethereum a fait le 7 septembre. Soixante-deux propositions passées au tamis, une note pour chacune, et la liste en public.

Une grande table de bois vue de haut, couverte de dizaines de fiches en papier éparpillées, deux d'entre elles mises de côté au centre sous une lampe

Sur les soixante-deux fiches étalées sur la table, deux seulement sont ressorties avec la mention « celle-là, on la livre ».

Un mot de vocabulaire avant tout le reste. Chez Ethereum, tout changement passe par un formulaire public appelé EIP, pour proposition d'amélioration. N'importe qui peut en déposer une. Elle porte un numéro, elle est discutée, elle est acceptée ou refusée. C'est le guichet obligatoire, et il y a la queue.

Comment on note soixante-deux propositions

La méthode est d'une simplicité qui fait plaisir. Seize contributeurs ont noté chaque proposition chacun dans leur coin, sans se concerter. S vaut 4 points, A vaut 3, B vaut 2, C vaut 1, et le refus vaut zéro. Au total, 397 notes, soit un peu plus de six avis par proposition. Ensuite seulement, ils en ont discuté ensemble.

C'est la première fois que cette équipe publie un avis unique. Avant, chaque groupe donnait le sien dans son coin, et allez comprendre ce qui allait sortir.

Répartition des 62 propositions examinées, 2 obligatoires, 15 attendues, 17 en attente et 28 écartées

Vingt-huit propositions écartées d'un coup. Ce n'est pas une purge, c'est ce à quoi sert une liste de courses : choisir.

Deux propositions ont décroché le S. Elles n'ont rien à voir l'une avec l'autre, et prises ensemble elles racontent assez bien où va cette chaîne.

La première : que personne ne puisse refuser ta transaction

Elle porte le numéro 7805 et le petit nom de FOCIL, pour « listes d'inclusion imposées par la règle de choix de chaîne ». Traduction en français courant : des listes de transactions qui doivent entrer. Elle a obtenu un S à l'unanimité, la seule du lot, et elle traîne dans les tuyaux depuis novembre 2024.

Pour comprendre à quoi elle sert, il faut savoir ce qui se passe quand tu envoies une transaction aujourd'hui. Tu ne l'écris pas directement dans la chaîne. Elle part dans une salle d'attente, et un acteur qu'on appelle un constructeur de blocs compose le paquet de transactions qui sera enregistré. Il choisit lesquelles entrent et dans quel ordre.

Ces constructeurs sont peu nombreux. Très peu nombreux. Et un acteur peu nombreux qui décide de ce qui entre, ça s'appelle un portier.

Une file de personnes devant une porte, un portier retenant l'une d'elles de la main pendant que les autres entrent

Aujourd'hui, si le portier ne veut pas de ta transaction, elle attend. FOCIL sert à lui retirer ce pouvoir-là.

FOCIL ajoute un chemin parallèle, et le mécanisme est astucieux. À chaque tour, un comité de seize validateurs est tiré au sort. Chacun regarde les transactions en attente et compose sa liste de celles qui doivent entrer. Le constructeur est alors obligé de les prendre, parce que les autres validateurs refusent de valider un bloc qui les aurait ignorées. Il ne perd pas son métier, il perd son droit de veto.

Est-ce que c'est un problème réel ou une inquiétude de théoricien ? Les deux, honnêtement. Le blocage massif ne s'est pas produit. Mais la possibilité, elle, existe, et elle repose aujourd'hui sur la bonne volonté de quelques acteurs. Une unanimité chez seize ingénieurs qui ne se sont pas concertés, ça veut dire qu'ils la trouvent tous nécessaire.

La seconde : changer la serrure avant que la clé soit copiable

La deuxième s'appelle EIP-8141, transactions à cadres, et c'est la plus étrange des deux. Parmi ses auteurs, on trouve Vitalik Buterin, le cofondateur d'Ethereum.

Aujourd'hui, ce qui prouve qu'un compte t'appartient, c'est une signature mathématique d'un type unique, la même pour tout le monde depuis le premier jour. Elle repose sur les courbes elliptiques, une méthode inattaquable avec les ordinateurs d'aujourd'hui. Avec un ordinateur quantique suffisamment gros, elle devient lisible. On ne parle pas de deviner ton mot de passe : on parle de retrouver ta clé privée à partir d'informations déjà publiques.

La proposition découpe une transaction en une suite de morceaux programmables, jusqu'à soixante-quatre, chacun s'occupant d'une chose : vérifier que tu as le droit, payer les frais, exécuter l'opération. Ça a l'air d'un détail de plomberie. Sauf que si la vérification devient un petit programme que ton compte porte lui-même, alors la signature n'est plus imposée par le protocole. Tu peux en changer.

Le texte officiel de la proposition le dit sans détour : elle fournit « une sortie native du système cryptographique à courbes elliptiques utilisé aujourd'hui pour authentifier les transactions, vers des systèmes sûrs face au quantique ».

Un serrurier pose une serrure neuve sur une porte d'entrée intacte, sa caisse à outils ouverte à ses pieds

La porte n'a pas été forcée, le cambrioleur n'existe pas encore, et on change quand même la serrure. C'est très exactement le bon moment pour le faire.

Parce qu'il faut être honnête sur le calendrier : l'ordinateur quantique capable de casser ces signatures n'existe pas. On en est encore à brancher deux réfrigérateurs ensemble pour faire tenir plus de qubits dans la même machine, et c'était il y a moins de trois semaines. Personne ne sait si l'échéance est dans huit ans ou dans trente.

Mais changer la méthode de signature d'une chaîne qui porte des millions de comptes, ça ne se fait pas en un week-end quand l'incendie a démarré. Ça se prépare des années à l'avance, tranquillement, pendant que tout va bien. Une autre proposition du lot, la 8365, commence d'ailleurs à retirer d'anciens identifiants vulnérables : le billet la décrit comme le seul élément vraiment post-quantique qui a sa place dans cette mise à jour.

Ce que ce classement n'est pas

Là, je vais freiner un peu, parce que la moitié des reprises que j'ai lues cette semaine confondent tout.

Ce n'est pas une décision. C'est un avis, celui d'une équipe de recherche, publié pour être discuté et contesté. Les auteurs le disent eux-mêmes et ils ont prévu une séance de questions publiques le 16 septembre. Ils ont même produit à côté une liste des désaccords en cours, ce que j'aimerais bien voir plus souvent ailleurs.

Ce n'est pas non plus pour demain. La mise à jour Hegotá est attendue en 2027, et elle arrive après une autre, Glamsterdam, prévue fin 2026. La proposition 8141 est encore à l'état de brouillon officiel.

Ce que dit ce classement, en revanche, c'est la direction. Le rang S engage : si le calendrier dérape, on coupe dans les A avant de toucher aux deux du haut.

Concrètement, si tu détiens des cryptos

Rien à faire aujourd'hui. Aucun bouton à cliquer, aucune manipulation à prévoir, et surtout aucune urgence à inventer.

Ce qui change se voit dans deux ou trois ans, et voilà à quoi ça ressemblera.

Tes transactions passeront sans dépendre du bon vouloir de quelques acteurs. Concrètement, aucun intermédiaire ne pourra décider que ton virement, lui, attendra. Ça ne t'arrive probablement jamais, et c'est justement le principe d'une garantie : elle sert le jour où ça arrive.

Ton portefeuille pourra changer de méthode de signature sans que tu déménages tes fonds. C'est le point qui compte le plus le jour où le quantique deviendra une menace réelle : la différence entre une mise à jour de ton application et un déménagement panique de tous tes avoirs vers une nouvelle adresse, en même temps que le monde entier.

Et ton compte pourra faire des choses simples qui sont aujourd'hui compliquées : payer les frais dans autre chose que la monnaie de la chaîne, enchaîner deux opérations en une seule, changer de clé sans changer d'adresse. C'est le genre d'amélioration dont on ne parle jamais et qui décide pourtant si ta grand-mère peut s'en servir.

Une dernière remarque, et c'est celle que je retiens. Pendant qu'on s'écharpe sur les cours et les promesses, quelques dizaines d'ingénieurs notent des propositions à quatre points, publient leurs désaccords et se donnent rendez-vous sur Reddit pour se faire engueuler. Le travail ennuyeux, celui qu'on ne voit jamais passer. C'est pourtant celui-là qui décide si tout ça tiendra encore debout dans dix ans.


Sources

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