Amazon rachète les créateurs de DuckDB. Qu'est-ce qui change pour ceux qui l'utilisent ?
Le 26 août, Amazon a annoncé le rachat de DuckLabs, la petite boîte d'Amsterdam derrière DuckDB. Et dans la seconde, la même phrase est tombée partout : « voilà, c'est fini, ils vont le tuer ».
Sauf qu'en lisant l'accord ligne par ligne, ce n'est pas du tout ce qui est écrit. Alors regardons vraiment, parce que le diable est dans la structure juridique, pas dans le communiqué.
L'atelier est toujours là, la porte est toujours ouverte. C'est le hangar autour qui a changé de taille.
DuckDB, c'est quoi pour ceux qui n'en ont jamais entendu parler
Imagine un fichier de trois gigas. Un export de compta, un relevé de capteurs, un catalogue produits. Tu le double-cliques, ton tableur réfléchit, la roue tourne, et au bout de quatre minutes il rend l'âme ou il t'annonce fièrement qu'il a chargé le premier million de lignes. Un classique.
DuckDB, c'est le truc qui avale ce fichier en quelques secondes et qui te laisse poser des questions dessus. Sans serveur à installer, sans base de données à administrer, sans rien démarrer du tout. C'est un petit moteur qui vit directement dans ton programme ou dans ton terminal. On l'installe en une ligne et on l'utilise dans la foulée.
Même fichier, même bureau. Le canard ne fait pas de bruit et il ne demande pas d'administrateur système.
Ça a l'air d'un détail de spécialiste. C'est en réalité devenu un des outils les plus utilisés du monde de la donnée : plus de 50 millions de téléchargements par mois rien que côté Python, et 40 000 étoiles sur GitHub, franchies le 5 août. Des équipes entières ont remplacé par ce petit truc des grappes de serveurs qui coûtaient des fortunes en location.
Et c'est gratuit. Et c'est libre. D'où la panique.
Ce qui n'est PAS vendu
Voilà le point que presque tout le monde a sauté, et c'est le plus important.
Amazon rachète l'entreprise, DuckLabs. Amazon ne rachète pas le logiciel DuckDB. Ce n'est pas une pirouette de communication, c'est une réalité juridique : le projet appartient à une fondation à but non lucratif, la DuckDB Foundation, créée exprès pour ça il y a des années, et cette fondation n'est pas dans l'opération. Le code reste sous licence MIT, la plus permissive qui existe, celle qui autorise n'importe qui à prendre le code, à le modifier et à en faire ce qu'il veut, y compris commercialement.
À gauche ce qui a été vendu, à droite ce qui ne l'était pas. C'est toute la différence entre cette histoire et les précédentes.
Les deux créateurs, Hannes Mühleisen et Mark Raasveldt, restent à la tête de l'équipe et gardent la direction technique du projet. L'équipe reste à Amsterdam. Rien de tout ça n'est une promesse orale dans une interview : c'est écrit dans l'annonce officielle d'AWS.
Le fantôme qui traîne derrière chaque rachat de ce genre
Si tout le monde a le réflexe de crier, c'est à cause d'une histoire que les développeurs se racontent depuis quinze ans.
En 2008, Sun rachète MySQL, la base de données qui faisait tourner à peu près tout le web de l'époque, pour un milliard de dollars. Deux ans plus tard, Oracle rachète Sun. Oracle, c'est-à-dire le principal concurrent commercial de MySQL. Le créateur de MySQL claque la porte, reprend le code, et lance MariaDB. Aujourd'hui, quand tu installes une base de données sur un serveur Linux, il y a de bonnes chances que ce soit MariaDB et pas MySQL.
Morale de l'histoire : quand le propriétaire change, la communauté ne se bat pas, elle déménage. Et elle peut déménager parce que la licence le permet.
C'est exactement la protection qui existe ici. Si un jour AWS décidait de tordre le projet dans un sens qui n'arrange que ses propres services payants, n'importe qui peut prendre le code du jour et repartir avec. Ce n'est pas un scénario théorique, ça s'est déjà produit une bonne dizaine de fois.
Et ce n'est pas un cas isolé en ce moment. Il y a trois jours, j'écrivais la même inquiétude à propos de Nvidia et Hugging Face. Les géants font leurs courses dans le rayon du logiciel libre, en ce moment, et ça ne va pas s'arrêter.
Ce qui change quand même, et il ne faut pas se mentir
Une équipe payée par le plus gros vendeur de cloud de la planète ne travaille pas exactement comme une équipe payée par ses propres clients.
AWS l'écrit d'ailleurs sans détour : l'objectif est que les applications DuckDB tournent au mieux sur AWS et que le moteur s'intègre dans ses autres services. C'est parfaitement légitime, c'est même la raison du chèque. Mais ça veut dire qu'à choix égal entre deux améliorations, celle qui sert le cloud maison risque de passer devant.
Ce n'est pas un vol, c'est une orientation. Et c'est ça qu'il faudra surveiller dans les prochains mois : pas la licence, qui est solide, mais la liste des choses qui sortent en premier.
Alors, tu fais quoi demain matin ?
Rien. Absolument rien.
Ton installation continue de fonctionner, tes scripts aussi, la version que tu as sur ton disque ne peut pas t'être retirée, c'est juridiquement impossible avec cette licence. Il n'y a aucune urgence, aucune migration à préparer, aucun plan B à sortir du tiroir.
Si tu ne connaissais pas DuckDB et que tu manipules parfois des gros fichiers, c'est même le bon moment pour l'essayer. Le rachat ne change rien à ce qu'il fait, et ce qu'il fait est franchement bluffant la première fois.
Et si dans deux ans ça tourne mal, on saura quoi faire : on prendra le code et on ira ailleurs. On a l'habitude !
Sources
- AWS : AWS and DuckLabs, building the future of analytics together, 26 août 2026, l'annonce officielle : le périmètre du rachat, la licence MIT, la fondation, l'équipe et les intentions d'intégration
- Amazon : AWS to acquire DuckLabs, the Amsterdam-based company behind DuckDB, 26 août 2026, le communiqué du groupe et le calendrier de clôture
- DuckDB : Thank You for 40 000 Stars on GitHub, 5 août 2026, le chiffre d'adoption cité ici



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