Un robot qui marche sur deux pattes pour 399 dollars. Où est l'arnaque ?
Hier, je te racontais que Nvidia mettrait 12,9 milliards de dollars sur Hugging Face, la grande bibliothèque publique de l'intelligence artificielle. Le lendemain, la même maison ouvre les commandes d'un canard robot à 399 dollars. Il y a des semaines qui manquent de cohérence.
Sauf que non, justement. C'est la même histoire, vue par l'autre bout.
Vingt-cinq centimètres, 800 grammes, quatre couleurs et un air de ne pas y toucher. Photo Pollen Robotics.
C'est quoi exactement, ce truc
Ça s'appelle le Microduck, ça vient de Pollen Robotics, une boîte de Bordeaux rachetée l'an dernier par Hugging Face, et les commandes sont ouvertes depuis le 27 août pour une livraison annoncée avant Noël.
Physiquement : 25 centimètres de haut, 800 grammes, deux jambes, quinze petits moteurs pour les articuler. Un œil, qui est une caméra grand angle. Un télémètre laser, autrement dit un truc qui mesure en permanence la distance des objets autour de lui, comme le radar de recul d'une voiture mais qui balaie tout autour. Deux capteurs d'équilibre, exactement ceux qui font basculer l'écran de ton téléphone quand tu le tournes. Un micro, un haut-parleur, et un bec qui attrape les objets.
Dans le carton : le robot, la batterie, un câble et une manette de jeu. Tu le sors, tu le poses par terre, il marche. Il existe en quatre couleurs, ce qui n'apporte rien au débat mais je préfère le préciser avant qu'on me le demande.
Pas de vis à serrer, pas de tutoriel de trois heures. Une manette.
Sept trucs qu'il sait déjà faire en sortant du carton
Marcher. S'asseoir et se relever. Shooter dans une balle. Attraper un objet avec son bec. Faire du patin à roulettes, oui oui. Et surtout se remettre debout tout seul après être tombé, ce qui est de très loin le plus difficile des sept.
Le patin à roulettes ne sert à rien. C'est exactement pour ça qu'il fallait le mettre.
Ces sept gestes n'ont pas été programmés ligne par ligne par un ingénieur qui aurait écrit « lève la cuisse gauche de douze degrés ». Ils ont été appris. On fabrique une copie du robot dans un simulateur, on la laisse essayer des milliers de fois, on lui dit à chaque essai si c'était mieux ou moins bien, et au bout d'un moment elle trouve toute seule comment ne pas s'écrouler. C'est brutal comme méthode, et c'est aujourd'hui la seule qui fonctionne vraiment pour apprendre à un truc à deux jambes à tenir debout.
Le prix, c'est ça l'information
Un robot à deux jambes qui marche pour de vrai, jusqu'ici, ça commençait vers 13 500 dollars. C'est le tarif affiché du Unitree G1, le petit humanoïde chinois qu'on voit dans toutes les démonstrations, relevé en juillet. La version pour les laboratoires monte à 43 900. Le Microduck est à 399.
La première barre est presque invisible. C'est le sujet de l'article.
Alors attention, je ne raconte pas que c'est la même machine. Le G1 mesure 1,32 mètre et pèse 35 kilos, il a des bras, des mains, il porte des charges. Le canard fait 800 grammes et t'arrive à la cheville. Ce qui s'effondre ici, ce n'est pas le prix d'un humanoïde, c'est le prix du ticket d'entrée : la somme à sortir pour avoir chez soi une machine qui tient debout sur deux pattes et qui apprend.
Ouvert, et pas seulement dans la brochure
Le mot « ouvert » sert à tout et à n'importe quoi, alors regardons ce qu'il recouvre ici.
Le logiciel du robot, le simulateur qui sert à l'entraîner, et les sept comportements livrés avec sont publiés sous une licence qui autorise absolument tout, y compris d'en faire un produit commercial et de le revendre. Tu peux ouvrir le geste « marcher », voir comment il a été appris, le refaire à ta sauce, ou lui apprendre autre chose. Le patron de Hugging Face, Clem Delangue, le présente comme un robot à qui on peut enseigner de nouveaux tours.
Ce n'est pas une posture de communication, c'est le modèle économique de la maison depuis le début : rendre gratuit ce que tout le monde utilise, et se rendre indispensable au passage. Ils l'ont fait avec les modèles d'intelligence artificielle, ils le refont avec des jambes.
Si tu es développeur
Rien d'indispensable ici pour comprendre la suite, tu peux sauter.
Le paquet est en Apache-2.0, ce qui veut dire usage commercial autorisé, brevets concédés, aucune obligation de repartager tes modifications. Sont publiés : le kit de développement, l'environnement de simulation sous MuJoCo, la pile complète d'entraînement par renforcement, et les sept politiques livrées avec le robot, inspectables et réentraînables.
La boucle de commande tourne à 50 Hz, soit une décision toutes les vingt millisecondes. C'est la cadence qui explique la taille de la bête : plus le robot est petit et léger, plus il tombe vite, mais plus les corrections sont faciles à calculer. Un humanoïde de 35 kilos qui part en avant, il faut le rattraper avec du couple ; un canard de 800 grammes, il suffit de replacer un pied.
Le vrai intérêt pour qui bricole, c'est la boucle complète : tu entraînes dans le simulateur, tu verses la politique obtenue dans la vraie machine, tu regardes l'écart entre les deux mondes te sauter à la figure, tu recommences. Ce passage de la simulation au réel est le sujet de recherche le plus ingrat de la robotique, et il coûtait jusqu'ici le prix d'une voiture d'occasion pour être abordé sérieusement.
Concrètement, ça change quoi pour toi ?
Si tu n'as pas d'enfant curieux et pas envie de bricoler, ça ne change rien du tout. Voilà, c'est dit.
Pour les autres, l'intérêt est là où on ne l'attend pas. Un gamin de douze ans peut désormais mettre les mains dans un vrai robot qui marche, pas dans une voiture télécommandée. Une école peut en acheter trois pour le prix d'un ordinateur portable. Et le jour où il tombe et qu'il se casse une jambe en plastique, le plan de la pièce est public et se réimprime.
Le mouvement, on l'a déjà vu deux fois. L'imprimante 3D coûtait 2 000 euros en 2012 et se trouve à 150 aujourd'hui, ce qui a fait bien plus pour les ateliers de collège que n'importe quel discours sur le numérique. Et le Raspberry Pi, ce petit ordinateur à 35 dollars sorti la même année, que les gens sérieux prenaient pour un jouet, se retrouve depuis dans des lignes de production et des stations météo.
Maintenant, l'honnêteté oblige à dire ce que ça ne fait pas. Il ne portera pas tes courses, il ne surveillera pas la maison, il ne ramassera pas les chaussettes. Il pèse 800 grammes et il t'arrive à la cheville. Ce n'est pas un robot ménager, c'est un établi qui marche. Et « livraison avant Noël », dans le matériel, ça reste une promesse tant qu'un carton n'a pas sonné à la porte.
Ce que j'en pense
Il y a un truc qui me plaît là-dedans, et ce n'est pas le canard.
Pendant que tout le monde regarde les humanoïdes à 40 000 dollars marcher sur des scènes de conférence, la première machine à deux pattes que des gens normaux vont réellement toucher, poser par terre, faire tomber et réparer, ça va être un truc de 800 grammes avec un bec. Et comme tout est ouvert, ce qu'ils vont lui apprendre, personne ne l'a prévu.
Je nous prédis six mois d'internet rempli de canards qui font des trucs stupides, et puis un jour, au milieu, quelqu'un aura résolu un problème que les laboratoires cherchaient depuis trois ans. C'est toujours comme ça que ça se passe !
Sources
- Pollen Robotics : page officielle du Microduck, les caractéristiques, le contenu du carton, la licence et l'ouverture des commandes le 27 août 2026
- TechCrunch : Hugging Face is selling a cute $399 open source duck robot, Microduck, 27 août 2026, le prix, la livraison et le rachat de Pollen Robotics
- The Register : Hugging Face offers $399 robot duck, 27 août 2026, les capteurs et les comportements livrés
- There's a robot for that : Unitree G1 price 2026, tarifs relevés en juillet 2026, pour le point de comparaison




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