Claude prend des notes sur toi. Depuis hier, tu peux ouvrir le carnet et le corriger.

Claude prend des notes sur toi. Depuis hier, tu peux ouvrir le carnet et le corriger.

Hier, Anthropic a changé la façon dont Claude se souvient de toi. Et la nouveauté, ce n'est pas qu'il se souvienne, ça fait des mois qu'il le fait. C'est que tu peux enfin ouvrir le carnet, lire ligne par ligne ce qu'il a écrit sur toi, corriger ce qui est faux et jeter ce que tu ne veux pas qu'il garde.

Ça ressemble à un détail de réglage planqué dans un menu. Ça n'en est pas un, et je vais essayer de te dire pourquoi.

Un carnet ouvert ou sont notees des observations sur quelqu'un

Le genre de carnet qu'on aimerait bien pouvoir consulter chez le dentiste, aussi.

Le problème d'avant, avec un serveur de restaurant

Jusqu'ici, la mémoire d'un assistant, ça marchait comme le serveur du restaurant où tu vas tous les jeudis. Il te connaît, il retient des trucs sur toi, et un soir il t'apporte une carafe d'eau plate sans que tu aies rien demandé. Sympa, hein.

Sauf que tu n'as jamais vu son carnet. Tu ne sais pas s'il a écrit « boit de l'eau plate » ou « le monsieur qui râle toujours ».

A gauche une boite noire fermee, a droite un carnet ouvert et lisible

À gauche, la version d'avant. À droite, la même chose, mais tu peux la lire.

C'est exactement ce qui n'allait pas. Ce carnet-là se remplissait dans ton dos, à partir de résumés fabriqués après coup, et tu n'avais aucun moyen d'aller voir ce qu'il y avait dedans. Encore moins de barrer une ligne.

Maintenant, c'est un classeur de fiches

Ce que Claude retient est rangé par sujet, une fiche par sujet, et tout est dans Réglages, puis Mémoire. Tu ouvres, tu lis, et chaque fiche se modifie ou part à la poubelle.

Trois fiches a onglets et trois gestes : lire, corriger, jeter

Trois gestes. Un enfant de huit ans y arrive, ce qui n'était pas gagné vu le sujet.

L'exemple donné par Anthropic est le plus parlant de tous : tu corriges dans une fiche l'ancien nom de ta société, et à partir de là toutes les conversations suivantes utilisent le bon. Une seule correction, une seule fois, au lieu de le répéter à chaque discussion comme on répète son adresse au téléphone à un service client qui l'a déjà.

Deuxième changement, plus discret, mais il compte au moins autant : le carnet s'écrit pendant la conversation, au fil de l'eau, au lieu d'être un résumé bricolé après coup. Ce que tu viens de dire il y a deux minutes est déjà pris en compte, et pas dans trois discussions.

Et c'est le même carnet partout. Sur le site, sur l'ordinateur, sur le téléphone, et aussi dans Cowork, l'endroit où Claude travaille sur tes documents au lieu de simplement discuter avec toi. Avant, ces deux mondes ne se parlaient pas : tu expliquais ton métier d'un côté, et de l'autre il te redemandait tout depuis le début.

Ce qu'il refuse d'écrire

C'est la partie que j'ai trouvée la mieux fichue, parce que c'est là qu'on voit ce qui a été réfléchi et ce qui a été bâclé.

Par défaut, une famille entière de sujets ne rentre pas dans le carnet : ta santé, tes croyances, tes origines, ce qui touche à ton identité. Ce sont exactement les catégories que la loi européenne appelle des données sensibles, celles dont la fuite ne se répare pas. Elles sont exclues sans que tu aies quoi que ce soit à faire.

Un bac rempli de fiches, un bac cadenasse et vide

Le bac de droite ne se remplit pas. Même si tu insistes.

Tu peux les autoriser si tu y trouves un intérêt, il y a un interrupteur pour ça, et l'exemple choisi est bon : si Claude sait que tu ne supportes pas le gluten, il arrête de te proposer des recettes que tu vas devoir refuser une par une. Et à chaque fois qu'il note quelque chose dans cette catégorie, il te le dit sur le moment.

Puis il y a la liste de ce qu'il refuse d'écrire quoi que tu fasses, interrupteur ou pas : ton numéro de registre national, un numéro de carte d'identité, un casier judiciaire, un statut de séjour. Là, c'est non, et il n'y a pas de bouton pour changer d'avis.

Concrètement, ça change quoi pour toi ?

Trois choses, et aucune ne demande de comprendre comment ça marche à l'intérieur.

La première, tu arrêtes de te répéter. Si tu t'en sers pour tes recettes, tes vacances ou tes devoirs du soir avec les enfants, tu as déjà remarqué que tu recommences la même mise en contexte à chaque fois : mon fils a onze ans, il déteste lire, on a quarante minutes. Maintenant c'est écrit une fois, dans une fiche, et tu peux même aller vérifier que c'est bien écrit.

La deuxième, tu peux réparer une bêtise. Un assistant qui retient des choses retient aussi les mauvaises : une question posée pour un ami devient « il s'intéresse à ça », une blague devient un fait. Avant, tu n'avais aucun recours. Maintenant tu ouvres la fiche et tu barres.

La troisième, et c'est la plus importante à mes yeux, tu peux vérifier avant de t'inquiéter. La question « qu'est-ce que ce truc sait sur moi » avait toujours la même réponse frustrante, à savoir aucune. Là, il y a une liste, elle est lisible et elle t'appartient. Et ça compte, parce qu'une donnée rangée quelque part finit toujours par valoir quelque chose pour quelqu'un : la semaine dernière je racontais comment les données internes d'une société en faillite se retrouvaient sur le marché, avec Google en acheteur intéressé.

Où c'est allumé, et comment on l'éteint

Chez les particuliers, formules gratuite, Pro et Max, c'est actif par défaut, sur le site comme sur le téléphone. Si tu n'en veux pas, c'est dans Réglages puis Mémoire, et ça se coupe.

Dans les entreprises, c'est l'inverse : éteint par défaut, et c'est l'administrateur qui décide de l'allumer. Ce qui est le bon sens même, parce qu'une mémoire d'entreprise qui traîne des informations sur des clients, ça se décide en réunion, pas par un employé un mardi matin.

Ce que j'en pense

Le progrès, ici, ce n'est pas la mémoire. Tout le monde en fait, ChatGPT en fait, Gemini en fait, et ils vont tous continuer.

Le progrès, c'est la liste.

Ça fait vingt ans qu'on nous explique que nos données sont bien au chaud quelque part, en sécurité, chez des gens sérieux, et que sur les milliers de services qui répètent cette phrase il y en a peut-être trois qui te montrent la liste de ce qu'ils ont écrit sur toi, sous une forme que tu peux lire sans être avocat, et où la ligne fausse se corrige au lieu d'être signalée par un formulaire de réclamation à envoyer en recommandé. Ta carte de fidélité au supermarché, elle, sait des choses sur toi que tu ne verras jamais.

Alors oui, c'est un menu de réglages. Mais c'est le premier endroit depuis longtemps où quelqu'un a écrit noir sur blanc : voilà ce qu'on garde, voilà ce qu'on ne garde jamais, et tiens, une gomme.

Va lire ta liste. Franchement, ça vaut le détour, et il y a des chances qu'elle soit d'un ennui total, genre « préfère les réponses courtes » et « travaille dans l'informatique ». C'est très bien comme ça. Le jour où elle ne l'est plus, tu seras content de savoir où elle se trouve !


Sources

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