Lundi 21 septembre, les fonds cotés qui détiennent du bitcoin ont avalé 999 millions de dollars. Mardi, encore 714,7 millions. Sur quatre séances, 2,3 milliards sont entrés dans ces paniers, d'après les relevés publiés par Farside Investors. Et mercredi soir, le cours avait reculé de 2,6 %, à 84 007 dollars, selon les relevés de CoinMarketCap.
Voilà une semaine qui rend service : elle calme une bonne fois ceux qui croient qu'il suffit d'une vague d'achats institutionnels pour faire monter un prix.
Un trou de 5,7 milliards rebouché en dix semaines
Pour comprendre ce qui vient de se passer, il faut remonter au 13 juillet. Ce jour-là, les fonds cotés américains affichaient un solde négatif de 5,69 milliards de dollars sur l'année : depuis le 1er janvier, il était sorti plus d'argent de ces paniers qu'il n'en était entré, et le trou s'était creusé pendant six mois. Depuis, 6,04 milliards sont revenus. Et pour la première fois depuis ce 13 juillet, le solde annuel est repassé dans le vert, autour de 349 millions de dollars. Dix semaines viennent d'effacer six mois de sorties. Le chiffre vient de SoSoValue, qui piste ces mouvements au jour le jour.
Quatre séances, 2,3 milliards, et un cours qui recule
Petit rappel pour ceux qui n'ont jamais acheté une part de fonds. Un ETF, c'est un panier qui détient quelque chose, et dont les parts s'achètent en bourse comme une action. Ici, ce quelque chose est du vrai bitcoin. Tu passes par ton courtier habituel, tu n'as aucune clé à mettre à l'abri, aucun portefeuille à installer, et tu ne détiens pas de bitcoin : tu détiens une part d'un panier qui en détient. Si la mécanique du réseau lui-même t'intéresse, j'avais expliqué comment fonctionne la blockchain en mars.
Et c'est là que ces flux deviennent intéressants. Ces paniers n'ont pas fait monter le cours en créant des bitcoins : ils ont acheté des bitcoins qui existaient déjà. Chaque dollar entré est sorti de la poche d'un acheteur pour entrer dans celle d'un vendeur. Le prix, lui, dépend d'autre chose.
Alors pourquoi le cours baisse
Parce qu'en face des achats, il y a des ventes. Et en ce moment, ceux qui vendent ont une bonne raison de le faire.
Le détenteur moyen avait payé son bitcoin 81 700 dollars. Ce chiffre, c'est un calcul d'analyste repris par Bloomberg Intelligence, pas une moyenne officielle, mais il donne l'ordre de grandeur. Cette semaine, le cours est passé au-dessus de 86 500 dollars, et c'est le niveau à partir duquel cet analyste considère que le détenteur moyen repasse gagnant, pour la première fois depuis janvier. Une partie a vendu. Pas par panique : par soulagement.
Le cours vit juste au-dessus de ce que les gens ont payé, et ça se voit dans les carnets d'ordres
Le reste du marché a suivi, et pas dans le bon sens. Toujours d'après CoinMarketCap, l'Ether est retombé à 2 652 dollars, en baisse de 3,5 % sur la journée, le XRP a perdu 5 % à 1,49 dollar, le BNB est à 763,60 dollars et le Solana à 113,80, tous les deux dans le rouge. Quand tout descend en même temps, ce n'est plus une histoire de bitcoin : c'est une histoire d'appétit pour le risque, et cette semaine, il n'y en avait pas beaucoup.
Pour mesurer le chemin parcouru, le bitcoin passait sous les 77 000 dollars il y a dix jours, et ce n'était pas une bonne nouvelle non plus. Il est aujourd'hui à 84 007, soit 9 % plus haut. Ceux qui ont acheté dans cette zone sont donc en profit, et ce sont eux qui vendent maintenant.
Concrètement, ça change quoi pour toi
Trois choses, et elles ne vont pas toutes dans le même sens.
D'abord, la porte d'entrée est devenue banale. Un panier coté s'achète depuis ton compte-titres, dans la même case que tes actions, avec le même bouton. Pas de plateforme d'échange à choisir, pas de phrase de douze mots à recopier sur un bout de papier, pas de portefeuille matériel à commander. Certaines assurances-vie et certains plans d'épargne en proposent aussi, ce qui était impensable il y a deux ans.
Ensuite, le revers de cette simplicité : tu ne possèdes pas de bitcoin. Tu possèdes une part d'un panier, et cette part se vend pendant les heures d'ouverture de Wall Street, du lundi au vendredi. Le bitcoin, lui, cote vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept. Traduction pratique : le dimanche soir, quand quelque chose bouge, tu regardes le cours défiler sans pouvoir rien faire. Tu paies aussi des frais de gestion annuels au fonds, quelques dixièmes de pour cent, affichés sur la page de chaque produit.
Et puis il y a le calendrier. Le 30 septembre, les États-Unis publient l'indice des prix que leur banque centrale regarde en priorité, le PCE. Tu n'as pas besoin de savoir ce que ces trois lettres veulent dire : retiens qu'à chaque fois que ce chiffre tombe, tout ce qui se négocie sur les marchés, cryptos comprises, bouge dans la minute. C'est la prochaine date où quelque chose se décide, et personne, moi compris, ne sait dans quel sens.
Ce que j'en pense
Cette semaine me rassure, et pas pour une raison financière.
Depuis deux ans, on nous raconte que l'arrivée des institutionnels allait changer la nature du bitcoin, que le marché allait devenir sage, que les gros achats allaient soutenir le cours. Regarde les faits : 2,3 milliards sont entrés en quatre séances, et le cours a reculé de 2,6 %. Les institutionnels achètent, mais ils achètent à quelqu'un, et ce quelqu'un vend. Un flux, aussi gros soit-il, n'est pas un moteur. C'est un robinet.
La deuxième raison est plus personnelle. Je préfère un marché qui monte de 11 % en une semaine parce que des achats arrivent, puis qui rend 2,6 % parce que des gens prennent leur bénéfice, à un marché qui monte tous les jours sans raison. Le premier a des acheteurs et des vendeurs. Le second n'a que des acheteurs, et ça finit toujours mal.
Reste que ces chiffres bougent plus vite que je ne les écris. Le cours cité ici est celui du 23 septembre à 19 h 20, et si tu me lis le 30, il aura déjà raconté autre chose.
2,3 milliards d'un côté, moins 2,6 % de l'autre. Si tu cherches un marché qui obéit à l'arithmétique, il te reste le livret d'épargne.


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