Claude Code Projects : plusieurs agents en même temps sur le même dépôt

Ce matin, comme tous les matins, j'ai trois fenêtres de Claude Code ouvertes côte à côte. Une qui répare un bug dans un coin, une qui écrit des tests dans un autre, une troisième qui fait de la documentation, et moi au milieu qui recopie des fichiers d'un dossier à l'autre parce que les trois travaillent sur le même dépôt. Ça marche, mais je passe mon temps à faire le planton.

Cette semaine, Anthropic a présenté de quoi supprimer le planton. L'information est sortie par la presse et pas par le blog de la boîte, alors je la prends pour ce qu'elle est, une annonce en cours de déploiement. Mais ce qu'elle décrit, c'est exactement le problème que je vis tous les jours.

Ce que Projects devient

Projects, jusqu'ici, c'était l'endroit où tu ranges un projet et ses fichiers de contexte. Devient, au conditionnel tant que ce n'est pas entre mes mains : l'endroit où tu donnes un objectif, et où une machine le découpe toute seule en morceaux confiés à plusieurs agents.

Tu écris ce que tu veux obtenir, par exemple refaire la page de connexion et ses tests. Un agent coordinateur regarde le travail, le découpe, et envoie chaque morceau dans un fil séparé. Chaque fil est une session complète de Claude Code, quelque part dans le nuage, avec sa propre copie du dépôt et sa propre branche. Les fils ne se marchent pas dessus parce qu'ils ne travaillent pas sur les mêmes fichiers, et quand ils se marchent dessus, la machine s'en aperçoit.

Trois fenêtres, un seul dépôt, et un humain qui fait la navette. C'est ce que je fais tous les matins

Trois fenêtres, un seul dépôt, et un humain qui fait la navette. C'est ce que je fais tous les matins depuis un an

Le détail qui compte vraiment : les conflits

Voilà le point que la plupart des articles ont survolé, et c'est pourtant tout l'intérêt de la chose. Quand deux personnes modifient la même ligne du même fichier en même temps, Git refuse de choisir et te demande de trancher à la main. C'est ce qu'on appelle un conflit de fusion, ça arrive dans tous les projets, et c'est la raison pour laquelle la plupart des gens n'osent pas lancer trois agents sur le même dépôt. Le risque n'est pas que ça plante, c'est de devoir démêler un sac de nœuds à la fin.

Dans Projects, ce n'est plus à toi de le faire. Deux fils qui touchent le même endroit produisent un conflit que la machine expose et règle comme une proposition de modification classique, celle qu'on relit avant d'accepter. Le mécanisme est banal, il existe depuis quinze ans dans tous les outils de développement. Ce qui est nouveau, c'est de le voir appliqué à des agents qui écrivent tout seuls.

Un aiguillage ne fait qu'une chose : envoyer chaque rame sur la bonne voie. Le coordinateur fait pareil avec les tâches

Un aiguillage ne fait qu'une chose : envoyer chaque rame sur la bonne voie. Le coordinateur fait pareil avec les tâches

Deuxième chose que je n'attendais pas : les fils partagent la mémoire et les fichiers intermédiaires. Un fil qui a compris comment marche l'authentification n'a pas besoin de l'expliquer à son voisin. Et chaque fil peut à son tour lancer ses propres sous-agents, des boucles, des enchaînements de tâches. Trois niveaux d'imbrication, autant dire qu'il ne faut pas regarder ça depuis le fond du couloir.

Pourquoi ça me parle plus qu'une nouveauté de plus

Parce que ce que je fais aujourd'hui à la main, je le fais mal. Je coupe le travail en trois, j'explique trois fois le contexte parce que les sessions ne se parlent pas, je recopie des morceaux de code d'un dossier à l'autre, et je finis par relire deux fois plus que nécessaire pour être sûr que personne n'a écrasé le travail d'un autre.

Le vrai gain n'est pas la vitesse d'écriture, c'est de ne plus avoir à tenir la comptabilité de qui touche à quoi. Un coordinateur qui découpe et qui surveille les collisions, c'est exactement le rôle que je joue depuis un an en moins bien. Et si tu as déjà essayé de faire tourner deux comptes Claude Code en parallèle, tu sais que la plomberie se paie vite.

Ce que ça ne fait pas encore

Il faut redescendre. Au lancement, tout se passe dans le nuage : ton dépôt part chez Anthropic, tes agents tournent sur leurs machines, et le support en local est annoncé pour plus tard, sans date. Si tu travailles sur un dépôt d'entreprise qui n'a pas le droit de sortir de tes murs, cette version ne te concerne pas encore.

Ensuite, c'est une bêta, réservée à une partie des abonnés Pro et Max. Pas un produit fini qu'on installe ce soir. L'ouverture aux offres d'équipe et aux autres applications de la maison est prévue, « prévu » étant le mot le plus élastique du vocabulaire des éditeurs.

Ouvert bientôt, sous conditions, pour certains clients. Le panneau que tous les éditeurs accrochent à leur vitrine

Ouvert bientôt, sous conditions, pour certains clients. Le panneau que tous les éditeurs de logiciels accrochent à leur vitrine

Et il y a une question à laquelle personne ne répond encore, celle qui me préoccupe le plus : le quota. Une session de Claude Code qui travaille une heure, ça se paie, et quand tu en lances cinq en parallèle, ça se paie cinq fois plus vite. J'en parlais justement la semaine dernière à propos du quota qui fond sans qu'on comprenne pourquoi. Multiplier les agents sur un abonnement à consommation plafonnée, c'est surtout multiplier la vitesse à laquelle tu regardes le compteur.

Le fond du sujet

Depuis deux ans, on a appris à parler à un agent, puis à lui donner des outils, puis à écrire des boucles qui tournent toutes seules sans qu'on prompte. La marche suivante, c'est de les mettre plusieurs sur le même chantier, et ça oblige à résoudre des problèmes qu'on connaissait déjà en développement, la répartition des tâches, les collisions, la relecture. Rien de magique : les mêmes soucis que dans une équipe, transposées à des collègues qui ne dorment jamais.

Ça ne me fait pas peur, ça me rassure même un peu. Un outil qui te dit qu'il ne sait pas gérer deux modifications en parallèle ne sait pas gérer un vrai projet. Celui-ci promet de le faire, et c'est là qu'on verra si c'est du sérieux : au premier conflit qu'il tranche lui-même, et à ma tête quand je relirai sa décision.

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