Le Patch Tuesday du 8 septembre devait être une routine : une pile de correctifs de sécurité, un redémarrage, et on n'en parle plus. Sauf qu'après l'installation, des postes de travail se sont mis à perdre leur session bureau à distance au bout de quelques minutes, des consoles d'administration à se figer, et des explorateurs de fichiers à répondre dans le vide. Microsoft a reconnu les dégâts et poussé un correctif hors calendrier le 14 septembre, la KB5129195, disponible depuis. Et ce n'est pas la première fois cette année qu'une mise à jour maison doit être rattrapée par une autre.
Pour comprendre ce qui s'est passé, il faut savoir comment Microsoft travaille depuis quelques années : le même correctif part en même temps sur toutes les machines du parc, des centaines de millions de configurations différentes, de la tour de gamer à trois écrans au portable d'entreprise qui n'a jamais redémarré depuis dix-huit mois. Statistiquement, ça finit toujours par tomber sur quelqu'un. Et quand ça tombe, ça tombe sur des gens qui n'ont rien demandé.
Ce que la mise à jour avait cassé
La liste est longue et, comme souvent, elle mélange le très visible et le très discret. Le plus embêtant concerne les sessions de bureau à distance : cette fonction qui permet de piloter l'ordinateur du bureau depuis chez soi. Sur les machines touchées, la connexion tombait après quelques minutes, et il fallait recommencer. Pour quelqu'un qui travaille à distance, ça veut dire perdre son travail en cours toutes les dix minutes.
À côté de ça, des logiciels qui se figent sans prévenir. La console de gestion de Windows, l'outil qui diagnostique les licences de bureau à distance, et l'explorateur de fichiers, celui dont on se sert cent fois par jour pour retrouver un document. Tous concernés. Et une histoire de dossiers partagés entre une machine Windows et une machine Linux qui tourne dedans : ce qui marchait avant ne marchait plus.
Enfin, et c'est le genre de détail qui rend fou parce qu'on n'y pense jamais avant, le son. Certaines cartes son multicanales branchées en USB perdaient la sortie huit canaux et le rendu en relief, sans rien dire. Vous ne vous en apercevez pas en regardant une vidéo sur YouTube. Vous vous en apercevez le jour où vous mettez un casque pour jouer ou pour une visio, et que ça sonne comme une radio posée dans la pièce d'à côté.
Un casque correctement branché, du son normal la veille, et une sortie qui se retrouve à plat du jour au lendemain
Ce qui reste cassé, et là il faut le dire
La KB5129195 règle la série ci-dessus. Elle ne règle pas tout, et la liste des problèmes qui traînent encore est plus intéressante que celle des problèmes corrigés, parce que Microsoft n'y peut pas grand-chose.
Le premier, ce sont les cartes graphiques AMD. Des utilisateurs rapportent des plantages de pilote, et dans le pire des cas un écran qui reste noir après l'ouverture de session. Ça touche la plupart des cartes récentes du constructeur, et la solution classique qui marche d'habitude, réinstaller le pilote, ne change rien ici. C'est du côté du pilote, pas du côté de Windows, que ça doit se régler, et aucune date n'est annoncée.
Pas de message, pas de date, et une dalle noire qui ne dit rien de plus que le voyant de veille
Le deuxième concerne encore le son par USB : certains appareils affichent maintenant un code d'erreur au lieu de jouer un fichier, et dans d'autres cas le volume reste bloqué à zéro, avec le curseur qui remonte tout seul. Et il reste des plantages d'explorateur de fichiers par-ci par-là, ainsi que des sauvegardes automatiques vers un disque externe qui ne trouvent plus le disque en question.
Deux semaines entre la mise à jour et sa réparation, et un constructeur qui n'a toujours pas donné de date
Comment on s'en sort, concrètement
Si votre machine tourne bien, vous n'avez rien à faire : Windows Update propose la KB5129195 tout seul, il suffit de l'accepter et de laisser redémarrer. Le numéro de version à vérifier est le 26200.9457 pour la branche 25H2 et le 26100.9457 pour la 24H2. Pour les machines en 26H1, le correctif compagnon s'appelle KB5129194. Et pour ceux qui sont restés sur Windows 10, il existe une KB5129236, ce qui ne change rien au fait que ce système n'est plus suivi pour le grand public depuis octobre dernier et que ce correctif ne parle que de sécurité.
Les deux minutes qui valent la peine d'être perdues, ce sont celles passées à regarder quand la mise à jour de septembre a été installée. Si votre ordinateur a été mis à jour entre le 8 et le 14, et qu'il va bien, tant mieux. S'il a commencé à faire des choses bizarres dans cet intervalle, la cause est identifiée, elle n'a rien à voir avec votre matériel qui agonise, et il y a de bonnes chances qu'un simple redémarrage après le correctif remette tout d'aplomb.
Pour les administrateurs, en revanche, il y a une leçon à garder. Cette fois, le correctif hors calendrier a corrigé des choses, mais il a aussi déplacé le problème : des postes qui fonctionnaient ont été mis à jour « pour rien » et se sont retrouvés avec un code d'erreur audio en prime. Perso, je ne clique plus sur Redémarrer maintenant le jour de la sortie d'une mise à jour. J'attends une semaine, c'est moche pour la sécurité, c'est confortable pour le reste, et ce mois-ci j'aurais eu raison deux fois.
Il reste une question que je ne sais pas trancher, et je crois qu'elle dérange plus de monde que prévu : à quel moment une mise à jour obligatoire devient un risque aussi gros que la faille qu'elle répare ? Personne ne répond, on installe, et on croise les doigts.



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